vendredi 1 février 2008

Manchester, Jour 1

Vendredi 25 janvier 2008, 249e anniversaire de la naissance de Robert Burns. Le réveil s'agite vers 7h30 du matin, un train m'attend à Central Station à 8h40 - même si, techniquement, un café, un toast et une descente de colline-traversée diagonale de George Square puis de Buchanan Street plus tard, c'est moi qui vais arriver en premier, et donc attendre le train.
Direction : Manchester, England.
Objectifs : aller mettre à l'épreuve sur le terrain (comprendre, chez "l'ennemi") le caractère idiosyncratique ou non des idiosyncrasies qui font la fierté des Ecossais, changer d'air, et rendre visite à Charlotte, qui vient elle aussi de terminer son premier semestre, et qui attend elle aussi que commence le second.

En fait, Charlotte n'a pas complètement terminé son premier semestre, il lui reste un dernier compte-rendu de TP d'optique à affronter, ce qu'elle va s'effrocer de faire avant le week-end. Aux trois heures quarante de train qui séparent les deux villes (ah, les légendaires trains britanniques, qui ont toujours le mérite d'être confortables à défaut d'être rapides) vont donc succéder quelques autres heures d'errance/découverte de Manchester en solitaire. Sans plan, ni guide, ni indications sur les hauts lieux touristiques du coin, bien sûr, c'est là tout l'intérêt. Et c'est parti pour quelques heure d'errance-au-pif-à-travers-les-les-rues-mancuniennes, qui compteront pas mal de boucles et d'apparitions récurrentes des même places, bâtiments et noms de rue, mais pas de fourvoiement majeur, dieu merci.


Au premier abord, quand on vient de Glasgow, Manchester, c'est dépaysant sans vraiment l'être. Il y a les mêmes George Street, Cathedral Street ou autre King Street, les mêmes Starbucks tous les cent mètres, il y a même une statue de Wellington, tête nue ici (mais de toute façon, à Glasgow, ça fait des mois qu'il a perdu son couvre-chef) - n'en déplaise à Alex Salmond, l'Union du Royaume-Uni n'est pas si artificielle et absurde que ça. Ecosse-Angleterre, ou Blanc Bonnet et Bonnet Blanc, sauf que l'un des deux porte le kilt et récite des poèmes de Robert Burns avec un accent aussi imbuvable que l'Irn Bru qu'il sirote?
Pour couronner le tout, ce sont deux villes industrielles qui s'efforcent de sortir de plusieurs années de convalescence post-thatchérienne, sont envahies d'étudiants en mal de débauche sage, et où les grandes et riches bâtisses victoriennes font de l'ombres aux ruelles taguées et délabrées. Cieux gris, briques rouges. Accessoirement, ce sont deux villes bordéliques. Manchester est quand même plus petite, avec une palette plus rouge et plus sombre, et une atmosphère plutôt plus brute, plus triste et moins désinvolte. On s'attend presque à bousculer une chanson de Tom Waits titubante à chaque coin de rue, et on comprend assez vite d'où sort le rock névrosé et dépressif qui a fait beaucoup (même pas tout, hein, me faites pas dire ce que j'ai pas dit) de la personnalité musicale de la ville. Joy Division ou les Smiths, par exemple, ça ne pourrait en effet pas mieux coller (et c'est pas très étonnant, me direz-vous)...


Point positif pour qui a du temps à tuer et commence à tourner en rond parce qu'il ne faut pas s'aventurer trop loin, on est vite perdu, Manchester a son ancien quartier délabré en voie de reconversion par injection de communautés arty-délurées, organisé autour d'Oldham Street qui concentre friperies, brocanteurs de comics, arrières-cours transformé en atelier de tatouage ou en studio de décoration, cafés végétariens et disquaires indépendants. De quoi tuer une bonne heure, voire deux en prenant vraiment son temps, avant d'aller explorer (en s'y retrouvant toujours au hasard, faut-il le préciser) le centre plus rupin de la ville qui s'étire entre le Town Hall, King Street et une grande roue qui surplombe la cathédrale. Et puis... avec la nuit arrive finalement l'heure de la fin du match qui opposait Charlotte et le TP d'optique, qui sonne aussi la fin du flânage mancunien en solitaire, et le début de la vie en société et de l'immersion dans l'ethnie des Français en exil dans le nord anglais (bon, et des Anglais qui leur servent de voisins, aussi).


Car oui, contre toute attente, Manchester est un bon endroit pour qui veut voir une Parisienne, un Rennais, un Pipoteur originaire de Perpignan, un Lyonnais et un Grenoblois réunis autour du même plat de pâtes avant le début d'une des traditionnelles "corridor parties" qui constituent une des activités principales des freshers britanniques, et consistent peu ou prou à boire de l'alcool bon marché en s'entassant dans une cuisine de résidence universitaire puis dans le couloir attenant, au milieu de parfaits inconnus qui sont sans doute des amis d'amis du cousin de quelqu'un qui a été invité par un voisin d'une vague connaissance des organisateurs. Ca fini bien sûr tôt le matin par une jolie transformation du couloir en cimetière de canettes de bière arrosé du contenu des dites canettes et de la cuisine en capharnaüm indescriptible, mais ça n'est pas grave, puisque Charlotte habite dans une maison à 25 minutes à pied du lieu du forfait où nous ne sommes donc pas enfermées. Et donc, heureusement, ce premier jour à Manchester pourra s'achever au calme, loin des remous de la fin de soirée matinale et des relents de gueule de bois généralisée...

mardi 29 janvier 2008

Flux RSS, Heath Ledger, Glasgow Green, Robert Burns

Huit jours depuis le dernier post : et le retour, et les exams ont enfin été surmontés ; la vie reprend un train plus paisible, même si ce matin, dehors, le ciel fait toujours autant la gueule et la ville est toujours enveloppée dans une épaisse nappe d'humidité qui la fait suinter la pluie de toute part. Mais hier, il faisait beau (beau, à l'écossaise, c'est-à-dire qu'une moitié du ciel était d'un bleu éclatant, et l'autre moitié d'un noir inquiétant). Bref, entre les deux jours de grisaille qui ont vu éclore ces deux notes de blog consécutives, il y a eu, déjà, pas mal d'autres jours de grisaille, qui continuent de se rallonger, ce dont on ne va pas se plaindre - maintenant, on peut lever les yeux vers le ciel à 17h, et se rendre compte avec émerveillement qu'il ne fait pas encore complètement nuit!

Il y a aussi eu, comme se doit, de nombreuses heures en tête à tête avec des cours et des bouquins, passées entre une chambre trop silencieuse et une bibliothèque trop bruyante, à s'efforcer de faire fonctionner les derniers neurones encore disponibles pour retenir une date ou un chiffre de plus, ou simplement pour relire une quinzième fois un cours qu'on connaît déjà par coeur, mais, des fois que, sait-on jamais, mieux vaut être prudente, et de toute façon, rien de mieux à faire, hein.

Alors il y a eu quelques translations vers la cuisine, pour échanger quelques mots avec une autre dans le même état, avant de s'en retourner avec une tasse de thé, prétendant qu'on va bosser, alors qu'en fait, on va écouter la chronique d'Olivier Duhamel (qui gagne en saveur avec le dépaysement) et valser entre les flux RSS qui se multiplient dans la barre personnelle de Firefox, et qui disent souvent tous la même chose, mais pas pareil, et assomment à coup de gros titres encore plus implacables dans leur uniformité que leurs homologues sur papiers (tous la même taille, tous alignés, tous à égalités, se noyant les uns les autres dans un déluge de catastrophes, de distinctions, de faits divers glauques, de Sarkozys et de tennismen, de caucus américains et de voitures piégées, de hausse du prix du pétrole et de crise du MP3, de nouvelles élections truquées et de nouvelles pellicules projetées sur des écrans blancs à intervalles réguliers)
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Le lundi de Pentecôte va redevenir férié
Portraits du Pakistan : (1) Rabiah, femme médecin
Giuliani's worst nightmare
Alejandro Sanz se va de la lengua
Un superpréfet devrait coordonner le "chantier prioritaire" des sans-abri
M. Sarkozy veut une réforme radicale du système de recherche français
Taxpayers are victims of "War on drugs"
La viviendas hipotecadas caen un 15% en noviembre
Patrick Rambaud : "La comtesse Bruni? C'est le diable..."
Father killed over son's football
'I felt completely out of control'
Solo hay que seguir la linea del parabrisas
Laugh? You must be joking
Le fils de Nabokov va-t-il brûler un manuscrit de l'auteur de "Lolita"?
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Au milieu de tout ça, et des tribulations du Parlement écossais, un "L'acteur Heath Ledger retrouvé mort dans son appartement de New York"/"Hallado muerto el actor Heath Ledger"/"Actor Heath Ledger found dead" a fait son chemin, emporté dans cette avalanche continuelle d'évènements, pas plus grave, pas plus significatif que les autres, presque vide de sens dans son abstraction, perdu dans ce flot incessant. Pourquoi celui-ci retomberait-il plus lourdement sur la tête que les autres? Parce qu'il arrive au mauvais moment, parce qu'il est plus facile à se représenter, quelque part plus familier, plus simple aussi (il n'y a qu'une personne dans l'affaire ; pas de pourcentage, pas d'inflation, pas de villes dont on ne sait pas prononcer le nom correctement, pas de manoeuvre politicienne, juste une pilule de somnifère en trop)? Et puis Heath Ledger est mort comme Nick Drake, presque au même âge, une semaine après que j'ai vu pour la troisième fois le Robbie Clark dylanien auquel il a prêté ses traits dans I'm Not There s'écraser lamentablement en mobylette contre un arbre... Pas plus triste qu'une autre nouvelle, mais pas moins triste non plus, bizarrement, celle-ci résonne plus...
Et aussi, c'est un bon prétexte pour poster cette très jolie photo, et les prétextes pour poster de très jolies photos, ça ne se refuse pas, surtout dans un blog qui en manque (de très jolies photos) :


Il y a eu une énième balade dans la nécropole pour s'aérer la cervelle - entreprise d'ailleurs réussie, puisque ce jour-là (aussi gris que les autres), le vent soufflait des bourrasques à s'époumonner "Iiiiiiiiiiiidiot wind, blowing through the flowers on your tomb, blowing through the curtains in your room !". (Dylan, toujours Dylan, on ne se refait décidemment pas)

Enfin, il y a eu un dernier exam, celui sur le microcosme politique écossais, passé dans une église toute rouge, pendant que la neige refroidissait le premier jour de soleil depuis longtemps. Et puis le même jour, il y a eu le soulagement d'en avoir enfin fini, deux zucchini breads allégrement engloutis par les locataires du 4D, la découverte de Provand's Lordship (la plus vieille maison de Glasgow, habitée par un bonhomme en cire à l'air fort peu bonhomme qui effraie les gens qui s'aventurent dans sa chambre), et une balade qui nous (nous = Barbara et moi) fera traverser Glasgow Green sous un ciel clément et entrourées des effluves de brasseries (ahlala, vive la bière...). Ensuite il y a eu un essaim de cumulo-nimbus menaçant qui s'amoncelaient à l'horizon, une averse de grêle cinglante sous le soleil, un arc en ciel, et finalement le ciel qui retrouvait son gris de cérémonie, d'où un retour sous la pluie glacée et le vent glaçant.

Il y a eu une expédition collective de quatre colocataires qui réalisaient après plus de trois mois qu'elles vivaient ensemble, direction Sainsbury's, objectif : trouver du Haggis et une bouteille de vin pour célébrer dignement (et avec un jour d'avance) l'anniversaire du sieur Robert (aka Rabbie) Burns, sommité nationale. Le Haggis n'a d'ailleurs pas voulu bouillir dans la casserole, il a fini au micro onde, mais il était bon quand même. Ca doit être parce qu'on n'a pas récité en entier l'Adress to the Haggis... (écrite par Robert Burns, qui pensait à tout, même à ses fêtes d'anniversaires posthumes).


Après il y a eu un week end à Manchester (qui sera relaté ici en temps voulu, c'est-à-dire très imminemment bientôt), des adieux-pas-vraiment-adieux-mais-tristes-quand-même à Martina et Puisan, qui s'en vont, mais ne s'en vont pas vraiment, en tout cas pour l'instant elles sont toujours aux alentours, mais leurs chambres ne sont plus à elles, et deux nouvelles arrivantes américaines (Ashley, North Carolina - Megan, Georgia), un cours de yoga, et finalement la reprise des cours, oh combien épuisante ! (ou pas, hum)

D'où ce post bordélique (dont il est indiqué qu'il a été publié à 11:11, ce qui n'est pas vrai, mais faites un voeu quand même).

lundi 21 janvier 2008

Retour / Exams

Il est plus que temps... autrement, le terme "retour" deviendra complètement anachronique, puisque cela fait déjà plus d'une semaine que le "retour" est consommé. Mais voilà, le retour, il ne s'est pas fait dans le seul, pur et unique but de retourner. Sinon, je serai sûrement retournée plus tard, parce qu'à Glasgow, en janvier (ou en tout cas ce janvier), il fait pas encore très jour (sunset : 4:28 PM dit le site de la météo, ce qui, je vous l'accorde, est toutefois une nette progression depuis le "3:45 PM" de la mi-décémbre), et surtout, il fait vraiment un temps pourri. Ou plutôt un temps favorable à la pourriture, à la moisissure, et à tout ces jolis phénomènes qui n'aiment rien mieux que l'humidité et l'obsucrité. Ou pour faire bref, le ciel est dépressif, tout gris et pleurnicheur, à tel point que c'en est parfois contagieux. Et les choses sentent la fin... même si de fin pour moi il n'est pas encore franchement question... Trois des occupantes de l'humble appartement 4D (le mien, si vous avez bien suivi depuis le début vous devriez le savoir) s'en vont vers d'autres cieux dans moins d'une semaines, et pour l'instant rien d'autre pour nourrir ses journée que des lambeaux de cours passés qu'il faut ressortir, dépoussiérer, déchiffrer, et empiler dans son crâne de façon plus ou moins étudier, solide et dense, en espérant que l'édifice ne s'écroulera pas avant les deux heures fatales durant lesquelles on devra le reconstruire sur une copie, dans un grand hall enfûmés par le bouillonnement des cerveaux et obscurci par les vapeurs d'encre.

Ben oui, ça s'appelle la session d'examens de janvier, quoi. Et c'est peut être pas universel mais en tout cas ça marche aussi en Ecosse. Quoique les ethnologues les plus fins remarqueront un certains nombre de différences notables.


• Ici, un exam, ça dure deux heures. Peu importe la matière, peu importe l'année, peu importe la forme. Deux heures, pas plus, pas moins. Pas de départ pendant la première demi heure ni pendant le dernier quart d'heure (pourquoi le dernier quart d'heure, mystère). La dissert' en 4h, ça n'existe pas ! De toute façon, les dissert', c'est pour les fin de semestre, et ça se fait à la bibli, en lisant moult bouquins et articles ésotériques, et en plus de 4h.

• Ici, un exam, c'est sans pièges et sans mauvaises surprises. Pas comme en France où il faut toujours (on n'est jamais trop prudent) être préparé au plus vicelard, à la question la plus inattendue ou à la tournure la plus biscornue, ou encore à la résurgence de thèmes disparus des annales depuis qu'on a décidé de conserver les sujets passés pour les mettre sur le marchés. Non, ici tout est tellement transparents que cela rend presque méfiant - inutilement, c'est juste la paranoïa injustifiée qui ressort. En maths, les exercices sont pratiquement les mêmes tous les ans, seuls les chiffres, le nom des fonctions et quelques signes à gauche à droite change, des fois une ou deux questions aussi mais rien de bien significatif. En sciences sociales, le dernier cours du semestre s'appelle "revision session" et consiste à donner aux élèves les thèmes de chacune des questions du sujets... sachant qu'il ne faut en traiter que deux, ce qui a l'inconvénient d'ôter tout son piment au jeu des impasses, qui sont officialisées et aiguillées... Non vraiment, niveau prise de risque, zéro. Angoisse minimale (quoique non nulle pour autant, ce truc doit avoir une asymptote qui traîne quelque part), puisque les surprises (bonnes ou mauvaises) sont exclues d'avances.

• Ici, il ne faut jamais répondre à toutes les questions du sujet. C'est du deux sur dix, deux sur huit, trois sur quatre, trois sur cinq, selon les matière, mais jamais tout! Corollaire, cela implique un difficile choix, qui demande presque plus de réflexion que la réponse à la questions elle-même, puisqu'en bonne étudiante française, j'arrive en ayant préparé plus de sujets que nécessaire (paranoïa injustifiée, ou alors simplement trop de temps pour réviser et envie de diversifier?), et en me préparant à une série de questions à traiter le plus vite possible, sans penser à rien d'autre. Il faut également indiquer sur la première pages les numéros des questions traitée (ce que j'oublie allégrement une fois sur deux...).

• Ici, on ne passe pas son exam tranquillement entre membre d'un même cercle/élève d'un même cours, en tout cas pas forcément. Le grand Assembly Hall est beaucoup trop spacieux pour n'être consacré qu'à un seul groupe d'élève, on le divise donc en deux, en trois, les rangées de tables recevant différents sujets (désolée, non, la place à côté du radiateur là, avec une jolie vue par la fenêtre, c'est pas pour ton sujet, va donc voir ailleurs!). Ca donne parfois des combinaisons intéressantes... par example "research in psychology" vs. "naval architecture", ou l'inévitable constat de la non-parité dans les amphis...

• Ici, on n'écrit pas sur des copies moches, mais dans un cahier agraphé (moche aussi au demeurant) qui a généralement assez de pages pour qu'on n'ait pas besoin de déranges les messieurs-dames qui surveillent sur l'estrade. Par contre, on n'a pas le droit aux belles feuilles de brouillons multicolores pour décorer. Et donc, les Ecossais ne brouillonnent pas, ou alors très peu, quelques gribouillis là où il reste de la place entre les questions sur le sujet.

A part ça, c'est pareil. C'est-à-dire que c'est pas la période la plus passionnante ni épanouissante de l'année.
Et à part ça, il m'en reste un dans trois jours. 'Serait une idée de m'y mettre. Peut-être...

jeudi 20 décembre 2007

Un dernier avant le départ (adieux provisoires)

Puisqu'il n'est pas garanti que ce blog sera très alimenté pendant les semaines à venir (à quoi bon écrire dans un blog sur Glasgow quand on n'est pas à Glasgow), et que le dernier message commence à y dater un peu, limitons les dégâts... Un ptit post avant le départ, donc.

Les dix derniers jours à Glasgow se sont écoulés calmement, mais à un rythme plus soutenu qu'ils n'en avaient l'air... Derniers essays à rendre, derniers cours (où l'ontrécupère les questions de l'exam, merveilleux système éducatif écossais!), dernières balades dans la ville, qui, du coup, retrouve beaucoup de son charme qui s'était (un tout petit peu) fânés, premiers départs aussi, célébré par un "international dinner" mémorable...
L'appartement s'est doucement vidé, l'emploi du temps aussi. Beaucoup de temps passé avec les scubiens écossais, du coup : deux jours avec la Pom, un jour avec le Tom, il faut bien se préparer aux retrouvailles. Et puis les adieux à la Pom (pas pour longtemps, je ne m'envole qu'avec quatre jours de retard), et me faire à l'idée que dans une semaine - deux jours - un jour - douze heures - je serai en France, pour la première fois depuis quasiment trois mois.
Plus de sandwiches cheddar-concombre en guise de repas, plus de porridge au petit déjeuner, plus d'innombrable tasses de thé dans une tasse estampillé "café", plus de Tesco, Sainsbury's, Aldi, plus de collines à gravir et d'escaliers à grimper, plus d'accent écossais, plus de River Clyde ni de Buchanan Street, plus de carrefours qu'on peut traverser en diagonale, plus de cornemuses, trompettes et guitares dans les rues... Au revoir les statues de Donald Dewar (Scotland's first ever First Minister), Dr. Livingston, John Knox, Robert Burns, James Watt, au revoir les ridicule cloches lumineuses de George Square et le distributeur Barclay'sà côté de Central Station...

Dernier jour, j'en profite pour aller faire mes adieu à West End et Byres Road (Bingley-Bingleydesh), et quelques courses au passage. Il fait beau, le ciel est d'une clarté extrêmement pâle, et une fine brume s'étire dans le froid. Sitôt passée Charing Cross et arrivée du côté "Ouest", le silence règne dans les rues bordées de pavillons victoriens de pierre pâles, contrastant fortement avec le bourdonnement incessant du centre. Je croise un écureuil sur un porche, m'arrête, il s'arrête, le regarde, il me regarde. Il réfléchit au meilleur point de vue pour observer l'étrange créature qui lui fait face, se décide à escalader la balustrade, s'avance prudemment, s'arrête, essouflé ou pris de vertige, repars, s'approche, tend un regard curieux qui lui est rendu de mon côté. Et puis, d'un coup, la même réaction des deux côtés : "mais, qu'est-ce que cette créature me veut? ne va-t-elle pas me sauter dessus, me griffer, m'étouffer?". Brusques retraits simultanés. L'écureuil redescend sur le porche, je reprend ma route vers Kelvingrove Park...

Après Kelvingrove Park, Byres Road, puis Great Western Road, puis retour sur Sauchiehall Street, les bras se chargeant un peu plus de cadeaux qui vont aller alourdir la valises, et le brouillard s'épaississant de plus en plus. A sept heures, le sol est tout givré et on ne voit pas à 10 mètres ; la nuit sera froide.

samedi 8 décembre 2007

Etat des lieux.

Dans l'ensemble, mon appart' est plutôt calme - ce qui n'est pas une mauvaise chose, quoique, les overdoses de calms, c'est parfois très dur (trop de calme tue le calme, comme dirait l'Autre, non pas cet autre-ci, un autre). N'empêche que des fois, ben, il s'y passe des trucs étranges. Forcément, les excès de calme, ça provoque l'ennui, et l'ennui, des fois, incite pour s'en dépêtrer à faire des choses étranges - ou en tout cas, des choses qu'on ne ferait pas en temps normal. Par exemple, envoyer valser un énorme ballon à travers les couloir. Sortir à deux de chez soi sans raison et revenir avec un pot de Dairy Ice Cream et un autre de Strawberry Sauce. Aller acheter deux boîtes de cuisses de poulet et s'amuser à les désosser (non, je n'ai pas fait ça. Puisan, ma coloc malaysienne, par contre...). Modifier l'agencement de sa chambre à la recherche de la combinaison donnant l'illusion d'espace la plus convaincante. Réflechir à la possibilité ou à l'impossibilité d'escalader la façade du bloc en rappel (non, je n'ai pas fait ça. Barbara, ma coloc canadienne, par contre...). Une émulation pâtissière entre colocs frôlant l'insensé, et aussi l'indigestion, une fois que la table couverte de gâteau a été nettoyée en moins de 24h. Entre autres.

Parfois même, les aléas de la recherche frénétique d'un truc à faire pour s'occuper donnent des résultats frisant le spectaculaire.

• Exemple n° 1 : Vendredi 2 décembre, fin d'après midi, couloir de l'appartement 4D, Birkbeck Court, entre les chambres 4 et 5.
Certes, cette image manque de clarté. Clarifions donc. Ce sont bien des ciseaux, ce sont bien des confettis, ce sont bien des magazines émiettés (Tesco Magazine et Evade Scotland, pour ne rien vous cacher), ce sont bien des flocons de neiges en papiers pas vraiment blancs comme neige qui s'entassent dans l'embrasure de la porte. Parce que c'est ça qu'on fait, quand on s'ennuie, qu'on n'aime pas ses murs bleus, qu'on veut décorer son salon, qu'on a une amie canadienne chez qui les "paper snowflakes" sont de rigueur à l'approche de Noël, et qu'on se sent l'âme à une rechute en enfance. Affalées sur le sol entre les deux murs du couloir, parce que c'est lus drôle, avec la musique qui nous parvient depuis l'intérieur d'une chambre. En plus cela fut une occasion rêvée de sortir Henry Hoover, notre souriant aspirateur, de son placard pour que lui aussi puisse s'occuper un peu.
Résultat, vous en pensez ce que vous voulez, mais moi je dis que c'est mieux que tout bleu:




• Exemple n°2 : Samedi 8 décembre 2007, cuisine de l'appartement 4D, Birkbeck Court. Vers 18h, ça commence à s'activer. Vers 20h, tous les plans de travail de la cuisine sont accaparé par des piles de pâtes à ravioli et des montagnes de farces. Ma Malaisienne et deux de ses amis sont en pleine préparation du repas-du-samedi-soir, qui s'annonce copieux, aujourd'hui. Les heures passent, les Malaisiens s'entassent (oui, la cuisine est petite, à plus de quatre dedans on est entassé...), et les piles de nourriture ne semblent guère diminuer. Malheureusement (ou heureusement), le temps que j'ai enfin l'idée de prendre mon appareil photo pour immortaliser l'événement, c'était déjà presque tout cuisiné. Et c'était très beau. Et c'était d'ailleurs aussi très bon (oui, en tant que reporter de l'extrême j'ai été invitée à goûter un peu à tout, ah les avantages de la cartes de presse, surtout quand on l'a pas). (Ils avaient même préparé une tortilla espagnole revisitée)




vendredi 7 décembre 2007

Ceci est une tombe...

Nécropole de Glasgow, sous un soleil timide et déclinant, à l'orée de l'hiver...

Zoom :


Eviter les cimétières au crépuscule... La nuit, n'en parlons pas.

Pourtant, on peut y croiser la dernière rose de l'année, qui tremblote dans le vent glacial et ne paie pas de mine, dans sa solitude désolée.


jeudi 6 décembre 2007

Au feu!

L'Ecosse hiberne (ce blog aussi, d'ailleurs, soit dit en passant). Ce n'est pourtant même pas encore l'hiver. Mais, me direz-vous, que faire d'autre qu'hiberner, quand le soleil se lêve péniblement à 8h30, pour repartir sous sa couette à 15h45, en passant les quelques heures où il est éveillé à se traînasser sous un épais duvet de nuages?... Eh bien, pas grand chose en effet, vous répondrai-je. Le temps n'est plus trop aux excursions ou aux randonnées, puisque le temps d'arriver quelque part, il fait déjà tout noir, et on ne voit plus rien.
Donc, ne parlons pas de l'Ecosse. Parlons plutôt des réjouissances de la vie "on-campus" et de la non-douilleterie des nid fournis par l'Université pour que ses étudiants puissent hiberner eux aussi, de ces espèces de blocs en fait pas trop moches où sont entassées des chambres de 10m2, des cuisines, des salles de bain, et des murs bleus, bleus, bleus...... Pas le summum du confort, mais on comprend vite que le souci principal des concepteur, ce n'est pas le confort, mais la sécurité. Et encore, pas n'importe quelle sécurité. Leur névrose, c'est le feu.
Héritage de l'incendie de Londres de 1625? Craintes dues à la manie des feux d'artifices des écossais? Sombres soupçons de pyromanie portés sur le fantôme de Napoléon?
Autant de questions toujours sans réponse (encore une énigme, tiens!).

Ce qui est sûr, la sécurité incendie est ultra blindée. Après un petit film à l'arrivée, expliquant qu'il ne fallait pas cuisiner en état d'ébriété (...) et qu'il ne fallait surtout pas empêcher les portes coupe-feu de se fermer, en particulier celle de la cuisine (la notre étant bien sûr à peu près constamment maintenue ouverte à grand renfort de tabourets, boîtes de conserves et parfois du canapé), certains malchanceux on pu découvrir à leur frais qu'il coûtait plus cher, les jours d'inspections, d'avoir couvert un détecteur de fumée d'un sac plastique que d'avoir perforé sa poubelle. Parce que le détecteur de fumée, c'est un personnage centrale de la vie des campus britanniques. Il y en a.... euh... un par chambre, un par couloir, un par cage d'escalier, plus un détecteur de chaleur dans chaque cuisine... ce qui fait donc.... euh.... beaucoup sur l'ensemble du campus. Et si un jour passe sans qu'un ne déclenche une alarme, c'est soit que tout le monde est en vacance, soit que quelque chose de terriblement grave (e.g. cyclone, tremblement de terre, raz de marée, explosion d'un des réacteurs nucléaires de la brasserie Tennents) empêche le système de fonctionner.

Pourtant il n'y a jamais le feu. Des fois la soupe crame dans sa casserole à minuit, des fois quelqu'un a pulvériser un aérosol à 3h du matin, des fois de la fumée est allée titiller le détecteur de fumée du couloir à 1 de l'après-midi; des fois c'est simplement un test routinier pour vérifier si tout va bien. A chaque fois, même rengaine. Tududu strident sciant les oreilles et malmenant les coeurs sensibles. Sursaut initial, brusque reprise de conscience. Ah, oui, alarme incendie. Attraper un pull, une veste, des chaussures. Ne pas oublier sa clé, ce serait bête. Et fuir, fuir le plus vite possible cet assaut de décibels même pas harmonisés.
On se retrouve donc dehors, devant le bloc, avec les voisins des autres étage, dans un rassemblement plus ou moins pittoresque (des dormeurs recouverts de leur couette, des doucheurs à moitié rhabillés, des assortiment d'yeux mi-clos et de baillements déchirants, des concerts de dents qui claquent). Puis on attend, sagement, que les pompiers soient allés vérifier que rien n'allait mal.

Ah! Pompier sur un campus! quel métier périlleux et excitant! que de risques et de dangers à affronter! Tout l'attirail sorti pour uniquement monter trois volées de marches et jeter un oeil dans quatre appartements vide... plusieurs fois par jour.... des fois par nuit... Et encore parvenir, pourtant, à à garder son calme et son sourire en expliquant pour la énième fois que les portes des cuisines, il faut les fermer, s'il vous plaît, elles sont pas coupe-feu pour rien, vous savez. Oui oui, on sait. D'ailleurs c'est pour ça qu'on va les rouvrir en rentrant.

Fin du Tududu intenable, fermeture de la parenthèse, tout le monde remonte dans son nid bleu, et reprend ses activités où il les avait arrêtées.