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jeudi 29 mai 2008

I was tagged by Keisuke !

Je vous présente Keisuke Nakamura, amateur de kebab, organisateur occasionel de dîners multi-nationaux, et surtout photographe officieusement officiel des soirées estudiantines internationales de l'Université de Strathclyde de son état.


Keisuke Nakamura est Japonais, évidemment. Il est d'ailleurs le seul Japonais à étudier à Stratchlude cette année (ou alors, les autres s'il y en a sont extrêmement discrets), alors, il déploie tout ses efforts pour que son pays soit représenté à la mesure des autres. Pas facile, quand on doit être aussi présent à soi tout seul que, mettons, une cinquantaine de Français, autant de Chinois, une poignée de dizaines d'Espagnols, des grappes de Malaysiens, une vingtaine d'Américains et leur pendant Canadiens, une quinzaine d'Italiens, cinq représentants de chaque nation Scandinave, et j'en passe. Même les Luxembourgeois ont plus de représentants à Glasgow que le Japon, c'est dire. Impossible, même, me direz-vous? Que nenni ! Keisuke Nakamura relève tous les défis, voyons.

Et tout le monde connaît Keisuke Nakamura, sa dégaine de pantin dansant, son enthousiasme inextinguible, et, évidemment bien sûr par-dessus tout, son appareil photo. Tout le monde aime Keisuke Nakamura, parce que, ben, parce que, c'est pas facile de trouver une raison de ne pas aimer Keisuke Nakamura, qui en plus d'être toujours souriant, dynamique et sautillant, est aussi incroyablement généreux et hospitalier. Et aussi, probablement, un peu fou - mais d'une bonne folie. En tout cas, ce qui est sûr, c'est que le Japon a trouvé un ambassadeur parfait.

Bon, il est vrai que cet ambassadeur ne fait pas grand chose pour arranger la réputation de photographes compulsifs qui colle à la peau des Japonais. Je ne me rappelle plus du nombre exact de photo qu'il a pris depuis son arrivée à Glasgow en Septembre (et, de toute façon, mon chiffre date d'au moins deux mois, autant dire qu'il est complètement périmé), mais ça se compte en dizaines de millier. Au moins. Voir Keisuke Nakamura sans son appareil phot à la mains est rare, et ne peut signifie que quatres choses : quelqu'un d'autre est en train de prendre la photo, Keisuke est occupé à cuisiner du wasabi ou des sushis pour quelques dizaines d'invités, Keisuke mange un Kebab d'après-soirée chez Best-Kebab (le rendez-vous glauqe des étudiants sortant des clubs à 3h du mat'), ou Keisuke charge les photos de la soirée précédentes sur Facebook (ce machin est devenu le centre de gravité de la vie des étudiants en transit, à un point que c'en est inquiétant, mais là n'est pas le sujet), et ajoute patiemment les noms de toutes les personnes présentes sur chaque photo.

C'est pour ça que Keisuke Nakamura a besoin de connaître tout le monde : il a besoin de tous les noms, pour pouvoir documenter toutes ses photos avec précision. Toutes, hein. Même ça :



(oui, quand je vous dis qu'il est sans doute un peu fou... )

Il ne fait pas non plus grand chose pour débarrasser les Nippons de leur réputation d'extrême politesse, tant il remercie tout le monde pour tout ; merci de venir à ma fête, merci de prendre cete photo pour moi pour que je puisse être dessus, merci de m'envoyer un message, merci de me remercier ! (et, entendez bien que je ne m'en plains absolument pas. Au contraire, je ne vois pas pourquoi il ne faudra pas que les Nippons conservent et soignent cette réputation.) Qui voulait une preuve que les Japonais ne sont pas perfectionnistes sera aussi déçu, tant tout ce qu'il organise doit l'être à la perfection, et de façon on ne pleu plus claire, précise et détaillée. Et qui pensais que les Japonais n'étaient pas hospitaliers ne trouvera pas de quoi étayer sa thèse ici, parce que non seulement, Keisuke n'aime rien tant qu'inviter les gens chez lui, mais en plus il a toujours deux ou trois bricoles à leur offrir en signe d'amitié. Une pièce de 5 yens par-ci, des baguettes en laque par-là. Et Auld Lang Syne joué sur une flûte de cornemuse en guise d'Adieu(ou, plutôt, d'Au-revoir, d'ailleurs, Auld Lang Syne, en Français, ça se dit Ce n'est qu'un Au-revoir, alors...).

Sinon, Keisuke Nakamura aime Material Girl de Madonna.

Bon, et puis, un jour, dans quelques années, sans doute, il y aura des gens qui seront moins contents qu'ils le sont aujourd'hui que toutes leurs soirées de débauche éthylée aient été documentées et que toutes les photos compromettantes aient été mises sur Internet, avec leur nom dessus. Et alors seulement, sans doute se trouvera-t-il une poignée de personnes pour détester Keisuke Nakamura... ou en tout cas, pour ne plus être si fiers d'avoir été "taggés par Keisuke".


mardi 1 avril 2008

Monsieur le Révérend de Paisley et sa guitare.

Glasgow est la troisième ville du Royaume-Uni. Ca n'est pas pour autant une métropole gigantesque, mais tout de même une ville de taille respectable, avec son centre fourmillant, son quartier décomplexé un peu bohème, ses coins résidentiels gentiment intimidant, ses rues encadrées de bureaux cachés derrière les façade majestueuses et impassibles de maisons victoriennes, ses tours et bloc d'immeubles tristes et gris, ses recoins délaissés et délabrés, ses ruelles glauques et ses chantiers poussièreux. Et les habitants, les passants, les mendiants, les étudiants, les marchands. [Tout ça, je l'ai déjà plus ou moins dit ici, mais mon penchant affirmé pour les digressions introductives et mon besoin de m'échauffer un peu, depuis le temps que je n'ai pas écrit dans ce blog, me poussent à le répéter avant d'en venir au fait. Je continue, donc.] Pour égayer toutes ces pierres et occuper tout ces gens, il y a des cinémas, des théâtres, des musées, des parcs, des pubs, des clubs - Glasgow est la troisième ville du Royaume-Uni, on a dit. Parfois en vrac, parfois en grappe.

En grappe, comme sur Sauchiehall Street. Sauchiehall Street est difficilement contournable par l'apprenti glasgwegian, puisque c'est une des principales artères de la ville, grande ligne qui sur la carte relie les tréfonds de West End au centre névralgique qu'est Buchanan Street. Alors, mieux vaut apprendre à prononcer son nom: dans Sauchiehall Street, il y a "ch", cette sonorité bizarre entre le [k] et le [h] aspiré vaguement teintée d'une ombre de [r] étouffé, qui infeste les noms alambiquées des gares de la cambrousse écossaise : Balloch, Lochwinnoch, Drumgelloch, Lochgelly, Lochuichart, ce genre de trucs imprononçables... Bref, ça nous donne quelque chose du genre "Sokh'ieh'ol Strit" (et pas "Saucissol", ni "Sushihall").
Une fois qu'on sait prononcer ça (enfin, avant de savoir, c'est autorisé aussi), on peut aller découvrir les charmes de la rue, pas très belle en fait, mais qui peut se vanter d'avoir une des sinon la plus forte concentration de pubs, bars, clubs, salles de concerts et autres antres où occuper ses soirées de Glasgow. [et là, enfin, je ne vais pas tarder à en venir au fait]

Une des ces antres porte le doux nom de Nice'n' Sleazy, que je ne traduirai pas pour la simple et bonne raison que je n'arrive pas à trouver de traduction convenable (un "chic et pas cher" version trash, peut-être. ou peut-être pas.), mais qui accessoirement est aussi le titre d'une chanson des Stranglers, si vous voulez tout savoir. Quand on rentre, il y a deux portes peintes en rouges; l'une mène au bar, l'autre mène à la cave. Il faut prendre celle qui mène à la cave, évidemment, mais pas n'importe quel jour. Il faut y aller un lundi, à partir de 20h, si on veut voir Monsieur le Révérend de Paisley et sa guitare, entouré de son Eglise iconoclaste.

En guise de chaire, une scène ; en guise d'autel, un ampli et un micro ; en guise de relique, une vieille guitare folk qui en a vu d'autres ; en guise de fidèles, une assemblée relativement jeune d'étudiants fatigués, de glasgwegiens décalés et de musiciens discrets ; en guise de prière, des chansons, et en guise d'ostie du pop corn au caramel, que le maître de cérémonie fait passer dans le public entre deux performances.
Grand chauve aux airs de mulots, à mi-chemin entre un gangster sympathique et un Monsieur Loyal qui aurait perdu sa moustache, le maître de cérémonie quand il ne distribue pas du pop corn, invite l'assistance à s'installer aussi confortablement que possible, demande le silence, et présente les musiciens, qui se succèdent sur le tabouret sur la scène pour jouer chacun une chansons. Il y a par exemple "la Reine du Sleazy" aux airs de Boucle d'Or et à la voix angélique, qui chante sur les librairies, Thomas, comme "toucher était lire et lire était savoir et savoir était possible". Ou le brun aux cheveux trop longs cachés sous un gros bonnet de laine grise qui reprend Keep The Car Running en se montrant à lui seul presque aussi convaincant que toute la clique de Win Butler et Régine Chassagne. Ou le duo Tchèque. Ou cet autre duo qui joue First Day Of My Life. Ou le folkeux qui reprend une chanson de Richard Thompson parce que Supergrass joue au Cropredy Festival, en expliquant que "the folkies among you will understand the connection" (parce que Richard Thompson est un des membres fondateurs de la Fairport Convention, qui est à l'origine du Cropredy Festival et l'organise et le clôt en août tous les ans depuis les seventies, merci Wikip' mon bon ami de me permettre de ne pas faillir à ma réputation de folkie).

Au milieu de cette coalition mouvante trône Monsieur le Révérend de Paisley, qui vient jouer tous les lundi des chansons sur les crottes de nez de son neveu ou les déceptions amoureuses d'un exilé en URSS de sa voix grave et modulable, colorée par un accent écossais (n'est pas révérend de Paisley qui veut) et accompagnée de sa fidèle guitare. Monsieur le Révérend de Paisley est grand, mince, avec un bouc chatain et peut-être un faux air de prêtre païen, mais il n'a pas de soutane, et c'est heureux. Monsieur le Révérend de Paisley et sa guitare démontrent aussi que New York n'a pas le monopole de l'antifolk, qui n'est d'ailleurs pas du folk du pauvre, ni du folk sans queue ni tête, juste du folk qui se prend pas la tête car il n'a pas peur de la perdre. Enfin, en fait, Monsieur le Révérend de Paisley et sa guitare ne cherchent sans doute pas à démontrer quoique ce soit, ils rappellent juste que la musique, c'est comme le vin, les caves et les bars lui font du bien. Et ce que la musique de Monsieur de Révérend de Paisley et de son Altesse la Reine du Sleazy a, que le vin n'a pas, c'est qu'elle se marie très bien avec les pop corn au caramel.

www.nicensleazy.com

jeudi 21 février 2008

Oyez! Oyez!

Mesdames et messieurs, mesdemoiselles, fidèles lecteurs et lectrices de cet humble blog,

Ceci est une annonce de la toute première importance.
Car ce soir, quelque chose dans Glasgow a changé.

Oui, ce soir les Celtics ont perdus contre Barcelone, à la maison pour ne rien arranger. Mais ça, ça n'est pas très important, ça aura juste fait la joie des Catalans et, surtout, des Rangers (NDLB : les Glasgow Rangers, ce sont les footballeurs glaswegians aux maillots bleus. Ils sont protestants et ils haïssent cordialement les Glasgow Celtics, qui sont les footballeurs glasgwegians catholiques aux maillots verts et blancs, et qui le leur rendent bien. Mais les deux équipes sont sponsorisées par la même marque de bière, à savoir Carling, donc l'unité urbaine est sauve, car ce qui importe c'est ce qu'on boit après le match, n'est-ce pas?). Non, ce n'est pas ça l'évènement digne de cette soudaine résurrection de blog.

Oui, ce soir a eu lieu la quatrième "Jim Wilson's International Night" du second semestre, qui s'est tenue au Social sur Royal Exchange Square. Mais ça aussi, on s'en fout, ce n'était de toute façon pas une grande réussite. Ceci dit, il y a tout de même une leçon à en tirer : le Social, c'est tout pourri comme bar, et si vous allez à Glasgow, inutile de vous y arrêter. Vraiment.

Oui, aujourd'hui il a fait tout gris après une suite inimterrompue de quatre jours de soleil resplendissant, mais, franchement, il faut que j'arrête de ne parler que du climat dans ce blog, même si j'en conviens c'est important, c'est aussi lassant et un tantinet (mais juste un tout petit tantinet de rien du tout) répétitif.

Oui, ce soir la famille Osborne a présenté la cérémonie des Brit Awards, au cours de laquelle Kylie Minogue a chanté entourée de Power Rangers emballés dans du papiers cadeau luisant, où les Kaiser Chiefs ont joué au milieu de de gratte-ciel miniatures qui poussaient plus vite qu'Alice après qu'elle a mangé le mauvais champignon, et où Amy Winehouse est venue reprendre l'hommage à Valéry Giscard d'Estaing des Zutons d'une voix de plus en plus chevrotante qui laisse penser qu'elle a vieilli de 75 ans en 7,5 mois. Mais ça non plus, ça n'est pas bien intéressant, et en plus, ça s'est pas passé à Glasgow, et personne de Glasgow n'y a rien gagné.

Oui, aujourd'hui a été tellement dépourvu de la moindre petite once de péripétie que je n'arrive même pas à trouver une nouvelle idée pour prolonger un peu mon énumération, et ainsi faire habilement durer le suspens. Je ne vais donc plus pouvoir divaguer bien longtemps, et vais finir par être obligée d'en venir au fait, ce que je déteste, parce que, franchement, quel est l'intérêt d'écrire dans un blog, si c'est pour juste en venir au fait de la façon la plus concise et efficace possible?
Mais quand même, si je fais cette annonce à une heure si tardive, c'est que (à part que je n'ai pas sommeil, allez savoir pourquoi) j'ai quelque chose d'important à annoncer. Je devrais donc l'annoncer, avant que vous ne vous lassiez de mes détours pseudo-rhétoriques et n'alliez vous coucher, ou changiez de page web, ou je ne sais quoi encore.

La grande nouvelle de ce jour mercredi 20 février de l'an de disgrace 2008, annoncée avec un peu de retard le lendemain, est donc...

*trompettes et ensemble de cuivres arrangés par Mr. Mark Ronson, tout juste sacré meilleur artiste masculin britannique de l'année par l'académie des Brit Awards*
*roulements sur les tambours de Joey Castillo qui en profite pour faire rouler ses muscles*
*Cri d'allégresse de Michael Allan Patton, hurlant sous l'effet d'une pulsion inexplicable le nom de sa ville natale, à savoir "Euréka!"*
*Grognement rageur d'Archimède qui se retourne dans la baignoire de son tombeau, marmonnant "mais qu'est-ce que c'est encore que cet abruti qui me plagie sans me citer?! Non mais vraiment, la recherche, de nos jours, c'est plus ce que c'était!..."*
*Chute de pommes sur la poire d'Isaac Newton qui s'était endormi auprès de son arbre et aurait sans ça loupé la nouvelle*
*Quinte de toux de la Pompe à Air de Boyle qui s'est a moitié étouffée de stupeur en lisant le Léviathan*

.....

Mesdames et Messieurs, Mesdemoiselles, chers renards du campus de Strathclyde, j'ai le bonnheur et l'honneur de vous apprendre que le Sir Arthur Wellesley, Premier Duc de Wellington, a cette nuit, entre 22het 23h23, retrouvé son chapeau !
Depuis le mois de décembre, au moins, notre noble ami avait dû trôner tête nue, endurant toute la rigueur des gelées hivernales sans protection aucune. Une terrible injustice faisait que personne, non, personne ne daignait prendre la peine de le recoiffer. Mais aujourd'hui, une grande âme inconnue, mais qui mérite tous les honneurs, de la canonification à l'érection d'une statue en place de grève, a enfin pris la peine de remédier à ce terrible état des lieux qui n'en pouvait plus de durer... et a rendu son chapeau à notre ami Wellington.

Il est donc de retour, cet objet conique à rayures vermillon et blanche, qui normalement devrait servir à signaler les travaux et déviation sur les routes, mais qui à Glasgow sert à tout sauf à ça. Il est de retour, ce machin que les Américains appellent cone et les Canadiens pylon. Et désormais, trève de guerre sémantique entre voisins nords-américains, puisque la chose en question peut de nouveau être désignée par la périphrase "Wellington's hat"!

Surtout - surtout, cette nuit, Glasgow, qui n'était plus vraiment Glasgow sans son couvre-chef, est redevenu Glasgow, et les récents arrivants vont enfin connaître la ville telle qu'elle est réellement. All hail to the cone !


(car, n'en déplaise à mes amis canadiens, il faut dans Google Image taper "traffic cone" et non pas "pylon" pour trouver une telle image. Putain d'impérialisme étasunien à la con, tabernacle, je sais, mais c'est comme ça.) (Si j'osais, j'ajouterai un "Monsieur ou Madame inconnue qui a accompli cette oeuvre bienfaitrice à l'humanité, chapeau!... mais je n'ose point, car ce serait tomber bien bas, et que je ne me suis pas hissée très haut avec ce message) (et je crois que je vais arrêter là les dégâts. Car ça s'appelle du souillage d'honneur et d'intégrité virtuelle de blog, et si c'est pas encore puni par la loi, ça devrait l'être bientôt, parce que c'est vraiment pas joli-joli tout ça)

Je vous laisse donc libres de savourer la nouvelle avec tout le recueillement qu'elle mérite.
Merci de votre attention, vous pouvez désormais arrêter d'ouïr si vous le souhaitez.

jeudi 20 décembre 2007

Un dernier avant le départ (adieux provisoires)

Puisqu'il n'est pas garanti que ce blog sera très alimenté pendant les semaines à venir (à quoi bon écrire dans un blog sur Glasgow quand on n'est pas à Glasgow), et que le dernier message commence à y dater un peu, limitons les dégâts... Un ptit post avant le départ, donc.

Les dix derniers jours à Glasgow se sont écoulés calmement, mais à un rythme plus soutenu qu'ils n'en avaient l'air... Derniers essays à rendre, derniers cours (où l'ontrécupère les questions de l'exam, merveilleux système éducatif écossais!), dernières balades dans la ville, qui, du coup, retrouve beaucoup de son charme qui s'était (un tout petit peu) fânés, premiers départs aussi, célébré par un "international dinner" mémorable...
L'appartement s'est doucement vidé, l'emploi du temps aussi. Beaucoup de temps passé avec les scubiens écossais, du coup : deux jours avec la Pom, un jour avec le Tom, il faut bien se préparer aux retrouvailles. Et puis les adieux à la Pom (pas pour longtemps, je ne m'envole qu'avec quatre jours de retard), et me faire à l'idée que dans une semaine - deux jours - un jour - douze heures - je serai en France, pour la première fois depuis quasiment trois mois.
Plus de sandwiches cheddar-concombre en guise de repas, plus de porridge au petit déjeuner, plus d'innombrable tasses de thé dans une tasse estampillé "café", plus de Tesco, Sainsbury's, Aldi, plus de collines à gravir et d'escaliers à grimper, plus d'accent écossais, plus de River Clyde ni de Buchanan Street, plus de carrefours qu'on peut traverser en diagonale, plus de cornemuses, trompettes et guitares dans les rues... Au revoir les statues de Donald Dewar (Scotland's first ever First Minister), Dr. Livingston, John Knox, Robert Burns, James Watt, au revoir les ridicule cloches lumineuses de George Square et le distributeur Barclay'sà côté de Central Station...

Dernier jour, j'en profite pour aller faire mes adieu à West End et Byres Road (Bingley-Bingleydesh), et quelques courses au passage. Il fait beau, le ciel est d'une clarté extrêmement pâle, et une fine brume s'étire dans le froid. Sitôt passée Charing Cross et arrivée du côté "Ouest", le silence règne dans les rues bordées de pavillons victoriens de pierre pâles, contrastant fortement avec le bourdonnement incessant du centre. Je croise un écureuil sur un porche, m'arrête, il s'arrête, le regarde, il me regarde. Il réfléchit au meilleur point de vue pour observer l'étrange créature qui lui fait face, se décide à escalader la balustrade, s'avance prudemment, s'arrête, essouflé ou pris de vertige, repars, s'approche, tend un regard curieux qui lui est rendu de mon côté. Et puis, d'un coup, la même réaction des deux côtés : "mais, qu'est-ce que cette créature me veut? ne va-t-elle pas me sauter dessus, me griffer, m'étouffer?". Brusques retraits simultanés. L'écureuil redescend sur le porche, je reprend ma route vers Kelvingrove Park...

Après Kelvingrove Park, Byres Road, puis Great Western Road, puis retour sur Sauchiehall Street, les bras se chargeant un peu plus de cadeaux qui vont aller alourdir la valises, et le brouillard s'épaississant de plus en plus. A sept heures, le sol est tout givré et on ne voit pas à 10 mètres ; la nuit sera froide.

vendredi 7 décembre 2007

Ceci est une tombe...

Nécropole de Glasgow, sous un soleil timide et déclinant, à l'orée de l'hiver...

Zoom :


Eviter les cimétières au crépuscule... La nuit, n'en parlons pas.

Pourtant, on peut y croiser la dernière rose de l'année, qui tremblote dans le vent glacial et ne paie pas de mine, dans sa solitude désolée.


jeudi 15 novembre 2007

Mystères écossais #1

Après près de deux mois en immersion sur le territoire écossais, si certaines étrangetés ont fini par révéler leur sens et leur logiques intrinsèques (le cas Irn Bru, les Pound Stores, l'heure de fermeture des magasins, qui s'explique dès que la nuit commence à enfler, ou encore les feux rouges et passages piétons, en fin de compte compréhensibles, par exemple), d'autres restent définitivement obscures et indéhiffrables. Petit inventaire (pas forcément exhaustif) des énigmes locales insolubles :


• Qui vole le chapeau de Wellington?
A Glasgow, il y a beaucoup de statues. Mais la plus connue, c'est certainement celle de Wellington. Wellington, c'était un général (écossais je suppose, quoique je suis pas allée vérifier) qui a dû se battre contre Napoléon et probablement gagner, ou un truc comme ça -pardonnez l'ostensible inexactitude historique, j'ai décidé de boycotter Wikipédia aujourd'hui, là comme ça tout d'un coup. Bref, tout ça n'est pas très important, parce que de toute façon, il est mort. Mais à Glasgow, comme je l'ai dit, on lui a fait une statue, avec une de son cheval en dessous, et on a mis les deux (Wellington et le cheval) sur un piédestal sur St Vincent Square, tout pile au milieu de Glasgow. Derrière, on a mis la Gallery of Modern Art. Et je ne sais pas si c'est lié, ou si c'est simplement que quelqu'un, observant qu'à Glasgow, les hivers sont froids (c'est pas très difficile), a décidé de prendre en charge la statue qui ne pouvait pas bouger et de lui offrir un chapeau pour lui tenir chaud aux oreilles, mais toujours est-il que Wellington est traditionnellement chapeauté. Il fallait faire avec les moyens du bord, on a donc fait avec un pylône, enfin un cône de circulation, enfin ce truc conique à rayures rouges et blanches qu'on trouve au bord de routes et qui en Français n'a pas vraiment de nom, parce que ça y en a tout plein partout en Ecosse. Du coup, ça fait plusieurs années que Wellington est connu pour son beau chapeau.
Sauf que, des fois, le chapeau disparaît. Parfois un jour, parfois des semaines. Parfois il réapparait sur la tête du cheval, ou sur celle d'une autre statue à l'autre bout de Glasgow, ou sous la forme d'une botte en carton... Qui s'amuse donc à escalader la statue pour lui ôter son chapeau? Sûrement pas quelqu'un qui chercherait un pylône, il y en a partout on l'a déjà dit. Sûrement pas quelqu'un qui chercherait un chapeau non plus, ça va de soi. Le vent alors? Un Edimbourgeois jaloux? Le fantôme de Napoléon???


• Qui fait chanter les oiseaux?
Dans le monde normal, les oiseaux chantent des fois, quands ils sont contents, ou qu'ils cherchent une âme soeur, ou je ne sais quoi. En général, les oiseaux ont une horloge biologique assez sophistiquée, qui fait que ces célébrations musicales de cultes volatiles se tiennent plutôt à l'aube, ou en courant de journée. Mais à Glasgow, que nenni! Les oiseaux sont probablement aussi ivres et déséquilibrés qu'un étudiant écossais de première année un samedi soir en fin de semestre, et leur horloge biologique a des petits problèmes de réglages, parce qu'ils sont capables de chanter à n'importe quelle heure. A n'importe quelle heure, mais de préférence en pleine nuit, c'est plus rigolo. pPs en pleine nuit à 18h, hein, en vraie pleine nuit, c'est-à-dire vers 23h, minuit, deux heures du matin... Du coup, on s'endort en ayant l'impression que le jour se lève, ce qui est passablement perturbant, quoiqu'on finit par s'y faire. Mais reste la question de ce qui pousse les oiseaux à chantonner gaiement à pareilles heures... Le vapeurs d'alcool et les relents de brasserie? Les résultats des matchs de foot? Les taquineries des Haggis en vadrouilles? Le fantôme de Napoléon???


• Qui peint les guitares en rose?
A Glasgow, il y a des marchands d'instruments de musique. Jusque là, rien de bien extraordinaire, surtout quand on prend en considération la quantité de musiciens que la ville abrite. Bien sûr ces marchands d'instruments de musiques vendent des guitares, et pas qu'un peu... des noires, des blanches, des brunes, des rousses, des basses, des électriques, des rouges, des douzes-cordes, des miniatures... et surtout, des roses. Car oui, la seule chose que vous pouvez être absolument sûrs de dénicher quel que soit le magasin d'instruments de musique où vous vous rendez, c'est une guitare rose... tout format, tout type, de la folk classique au ukulele. La seule explication plausible à ce phénomène pourrait être un amour immodéré du glaswegian pour le rose, observable aussi lorsque passe une limousine rose (celles-ci se sont d'ailleurs un peu raréfiées ces derniers temps). Mais le problème, c'est qu'à part les guitares et les limousines, il n'y a pas grand chose de rose bonbon dans le coin. D'où la question, qui s'amuse à peindre les guitares (et les limousines quand il en passe) en rose? M qui fait sa promo? Un flamand rose échappé du zoo? La panthère rose? Un fan de Pink Floyd? Le fantôme de Napoléon???


• Où ont disparu les livres de la bibliothèque?
L'université de Strathclyde, comme toute université qui se respecte, possède une bibliotèque, avec des centaines de mètres d'étagères croûlant sous le poids des livres, réparties sur six étages. Il y a des livres sur un peu tout, et tous sont directement accessibles... en théorie, du moins. Parce que dans les faits, ça marche beaucoup moins bien. Les choses ne sont pourtant pas tellement plus compliquées que dans n'importe quelle bibliothèque universitaire : le catalogue est informatisé et consultable via Internet ; on y entre la référence du livre qu'on cherche, et il nous indique le statut du livre (emprunté ou pas?) ainsi que la côte qui permet de le trouver dans le labyrinthe d'étagères. Muni(e) de cette précieuse suite de lettres et de chiffres, code indéchiffrable par qui n'est pas bibliothécaire, on peut ensuite s'aventurer dans les allées intimidantes de l'imposant bâtiment, en suivant les panneaux repères, jusqu'à arriver au point souhaité et indiqué par le code. Normalement, ces épreuves surmontées, on devrait être récompensé de sa tenacité par la présence de l'ouvrage tant convoité. Sauf que, pas forcément. Parce que les livres qui ne sont pas en prêts ne sont pas forcément sur les étagères, il faut vérifier - "check shelves", nous propose gentiment le site de la bibliothèque. Souvent, on vérifie et y a rien. Et on revient, et y a toujours rien. Et on rerevient, et y a toujours toujours rien... Alors, qui? comment? où? pourquoi? Un papivore compulsif? Des rats de bibliothèques boulimiques? Un serveur informatique taquin qui s'amuse à jouer des tours aux novices? Le fantôme de Napoléon, soucieux de gommer certaines références embarassantes???


• Qui dessine des silhouettes sur les trottoirs?
Dans les films et séries policières - je n'ai jamais vu de crime en vrai, moâ, ce sont donc mes seules références en la matière - après un meurtre, on retire le cadavre, parce que ça fait désordre et que quand ça commence à se putréfier, ça sent pô bon. Accessoirement, ça serait bêta que les policiers et le génial inspecteur Sherlock Poirot trébuchent sur un corps inanimé et se fassent mal en plein exercice de leurs fonctions. Mais comme il faut quand même garder une trace (souci d'exactitude scientifique, blablabla), on prend une craie blanche et on trace le contour du cadavre, histoire de se rappeler où il était et dans quelle position (ça peut toujours servir).
A Glasgow, il arrive de tomber nez à nez (ou plus exactement, pied à pied, voire pied à nez si on s'y prend bien) avec une de ces silhouettes de craie tracée sur un trottoir. J'ose espérer que ce ne sont pas des monuments en la mémoire d'assassinés notoires, parce que vu le nombre (relativement honorable sans être faramineux), ça serait inquiétant. Alors? Encore une fois, mystère... L'origine de l'appellation de Scotland Yard? La lubie d'un détective retraité et gâteux qui s'invente des scènes de crimes pour occuper ses après midi? Une oeuvre d'art conceptuel et décorative? Le fantôme de Napoléon qui dans un accès de mégalomanie s'amuse à imprimer sa silhouette fantômatique dans les rues???


• Qu'est-il arrivé à Virgin?
Glasgow était réputé pour posséder le plus grand Virgin Mégastore d'Europe, en haut de Buchanan Street, à deux pas de la statue de Donald Dewar ("Scotland's first First Minister ever"). Mais voilà, depuis quelques jours, il n'y a plus de Virgin à Glasgow. Les enseignes rouges et blanches des deux succursales locales ont été remplacées par des enseignes vertes et noires, le nom "Virgin" remplacé par un sybillin "zavvi.co.uk"... Je reconnais que ce mystère est plus facilement résoluble que les autres, mais mon boycott de Wikipédia décidé aujourd'hui pour aujourd'hui m'autorise à m'interroger : d'où vient cette atteinte à la suprématie virginesque? Un dépucelage de la marque? Une crise de folie de Richard Branson, qui aurait soudain décidé que Virgin, tout compte fait, c'était moche, comme nom? Un coup du fantôme de Napoléon, qui fait de ces caprices débiles, des fois...???



• Où est caché le studio de Kevin Ayers?
Dans un accès de vagabondage comme il m'en a pris souvent depuis que je suis arrivée en Ecosse, cherchant déséspérément un vague prétexte à une énième errance à travers les rues de Glasgow, et, plus encore qu'un prétexte, une direction à emprunter, je me suis rappelée les crédits du dernier album du Sieur Ayers : "Recorded at: Marlborough Farms, Brooklyn; Wavelab, Tucson AZ; Eastcote, London; Yip Jump, Glasgow." Ni une ni deux, googelisons "Yip Jump Glasgow" histoire d'avoir l'adresse, jetons un coup d'oeil à un plan de Glasgow, et voilà une destination de pélerinage absurde toute trouvée pour occuper son après midi! Une rapide (et efficace) investigation permet de localiser le studio Yip Jump au 222 West Regent Street, Glasgow (ça, on savait, merci), G2 4DQ, c'est-à-dire quelque part à l'ouest du centre, tout au bout d'une des grandes rues qui forment la trame du bizness-Glasgow, un quartier propret et huppé rempli de bâtisses victoriennes converties en cabinets d'avocats, en bureaux d'experts financier ou en studio de décorateurs branchés. Pas l'endroit le plus exaltant de la ville pour une randonnée pédestre, mais après tout, pourquoi pas. Je me suis donc hardiment dirigée à travers les collines vers la fin de West Regent Street, à la recherche du numéro 222. Bien sûr, au bout de West Regent Street, j'ai trouvé un Novotel, un hôtel Ibis, un grand bâtiment-à-bureaux, mais point de 222 et encore moins de studio Yip Jump d'où serait sorti, comme par magie, un Kevin Ayers.
Ce n'était pas vraiment surprenant, certes. N'empêche, le Kevin Ayers, il a bien dû l'enregistrer quelque part, son album, et les gens qui vont bosser leurs chansons chez Yip Jump, ils doivent bien y rentrer par quelque part, dans ce fichu studio! Mais par où? Comment fait-on pour pénétrer dans l'enceinte sacrée? Faut-il une invitation spéciale? Une clé de chambre du Novotel? Un numéro d'étage? Une autorisation de Daniel Johnston, qui tient à surveiller la fréquentation d'un studio qui emprunte son nom à un de ses disques? Une guitare rose? Un mot de passe gracieusement fourni par le fantôme de Napoléon???

Glasgow recèle donc plus que sa part de mystères... Gageons qu'il faudra du temps pour résoudre tout ça, si solution il y a, et que d'autres énigmes se feront un plaisir de venir se poser d'ici juin... Du boulot en perspective pour Sherlock Poirot, tout gâteux et retraité qu'il soit (ça n'aide pas faut dire).... Souhaitons lui bon courage, il en aura besoin, plutôt que de perdre son temps à encore se chamailler avec le fantôme de Napoléon (qui d'après mes sources s'est, assez incompréhensiblement, relocalisé à Glasgow, peut-être pour narguer les Anglais, à ceci près que les Anglais n'habitent pas à Glasgow du tout, à moins que ce ne soit pour faire des conneries en toute impunité, vu les compétences de la section écossaise de Scotland Yard, indignement représentée par le gâteux retraité Sher(ry)lock Poi(v)rot).

Remerciements :





lundi 12 novembre 2007

Brrr

Bon, voilà, ça y est. ça aura pris un peu plus de temps à Glasgow qu'ailleurs, à en juger par les blogs de mes co-expatriés, mais, alors que le printemps se lève en Australie ou en Argentine, à Glasgow, l'hiver se pointe, discrétement mais sûrement...
Jusqu'à il y a peu, c'était encore l'automne, un automne chatoyant, qui alterner cieux bleux électriques et gros nuages gris pleins de pluies derrières lesquels se faufilaient quelques rayons de soleils tout doux (et des fois un arc en ciel). Les arbres étaient tous roussisants, les fougères aussi, et on pouvait sortir sans avoir à réfléchir des heures à la quantité de pulls nécessaire pour ne pas trembloter sous sa veste. Et c'était très beau tout ça.

Maintenant, c'est encore beau, c'est encore un peu l'automne (on n'est qu'en novembre, après tout), mais... c'est plus tout à fait pareil... Les arbres sont encore un peu roux, parsemés de feuilles dorées voire quelque fois de quelques irréductibles tâches vertes résistant, a encore et toujours à l'envahisseur et le sol est encore largement tapissé des cadavres des feuilles moins résistantes à l'envahisseur, mais dans l'ensemble nos pauvres arbres si majestueux il y a un mois, ils commencent à être bien dégarnis et à trembloter dans le vent glacial. Parce que oui, il y a beaucoup de vent, qu'il fasse beau ou pas. Et quand il fait beau il fait toujours très beau (même si le bleu du ciel a pâli), mais ouhlala qu'est-ce qu'il fait froid. Ce n'est plus "quel pull je met?" qu'on se demande avant de sortir, c'est "combien de pulls je met?".

Et puis, outre la chute de température et la calvitie végétale, outre les décorations de Noël-pas-encore-allumées-mais-plus-pour-longtemps, outre les publicités/affiches/annonces festives qui rappellent que Noël, c'est dans un mois et demi, il y a aussi le Soleil qui a commencé son hibernation. 15h30, l'horizon rosit. 16h30, le ciel est bleu sombre. 17h00, il fait nuit, et pour autant que je sache, il pourrait être minuit qui ça changerait pas grand chose. Bref le noble astre s'économise et fonctionne au régime minimum, ce qui est bien, mais pas top, et surtout pertubre beaucoup les horloges internes qui sont habitués à se caler sur sa position dans le ciel, pas sur celle de Jupiter. L'avantage, c'est que ça dissuade de sortir dans le froid et d'attraper un gros rhube parce qu'on a pas emporter assez d'écharpes. L'inconvénient, c'est qu'on préférerai un grand salon pleins de coussins et de tapis qu'une pièces aux murs bleus pour se réchauffer avec un chocolat chaud. M'enfin... on fait avec les moyens su bord.

lundi 5 novembre 2007

Guy Fawkes Burns

Depuis environ une semaine, Glasgow crépite. Des bouquets d'étincelles fleurissent ça et là dans le ciel et égayent un peu la noirceur prématurée de la nuit (qui tombe toute encrée dès 17h30), tant et si bien qu'on finit par s'habituer aux cris des pétards qui s'enflamment et à ne plus trop y prêter attention (comme on s'est habitué au cris des flambeurs de pétards alcoolisés...). Mais ce soir, le ciel crépite en continue et les tâches dorées se disputent la vedette. Apothéose en feux d'artifices... Comme partout à travers le Royaume-Uni, comme tous les ans, j'imagine.



Le 5 novembre s'enflamme : c'est la nuit de Guy Fawkes, celle des feux de joies dans lesquels on jette des épouvantails à l'effigie d'un certain Mr. Fawkes... Pauvre Guy Fawkes, qui même en ayant atteint l'âge canonique de 537 ans, continue inlassablement à être porté au bûchet pour un attentat qu'il n'a pas eu le temps de commettre. En 1605, ce qui commence à dater, ce catholique anglais et une douzaine de ses comparses pyromanes rêvait de se débarrasser du roi James Ier et de toute la clique protestante qui siégeait au Parlement de Westminster. Aux grands maux les grands remèdes, ou comme l'a si bien dit notre protagoniste, une maladie dangereuse appelle un remède désespéré : c'est bien connu, le feu purifie et cautérise, il faut donc brûler les Chambres de Parlement. 36 tonneaux de poudres à canons dans les souterrains, et un Guy Fawkes devant les enflammer le 5 novembre... Sauf que, ç'eut été trop beau, la conspiration aura été découverte avant d'être mise en oeuvre, tout ça à cause d'une lettre (prétendument) écrite par un conspirateur pris de remords à l'idée que des innocents puissent être victime de l'attentat... et Guy Fawkes se retrouvera torturé dans une cellule avant que ses compagnons ne soient arrêtés, pour finir au bout d'une corde pendue à un gibet (évitant habilement l'écartelage en ayant la saine inspiration de se briser le cou à la première étape - c'était la séquence détails gores).

Bref, du coup, les Londoniens se sont épargné un beau feu d'artifice sur les rives de la Tamise. Il faut bien qu'ils se rattrapent... alors eux, et tout leurs concitoyens britanniques se rattrapent en effet chaque 5 novembre, depuis 401 ans, en allumant des feux sur la terre et dans le ciel. Bien sûr, il ne font pas les choses à moitié, car l'échec du "seul homme à avoir jamais pénétré les Chambres du parlements avec de bonnes intention" se doit d'être commémoré dans les formes. Et puis aussi parce que les feux d'artifices, c'est beau et c'est amusant, et parce qu'on ne va pas perdre une occasion de faire la fête, du bruit, et de la descente d'alcool.



Alors Glasgow (comme toutes les villes britanniques certainement) crépite à l'aube de novembre, jusqu'à l'apogée de la soirée du cinq, qui voit des glaswegians par milliers marcher en processions jusqu'aux pelouses de Glasgow Green, d'où est lancé le feu d'artifice officiel et ordonnée de la ville. Odeur de la pelouse piétinnée par la foule qui se mèle aux relents émanant des stands à snacks, musique de foire, lumières multicolores des attractions, tourbillons des manèges... C'est un terrain de fête comme un autre, mi-foire mi-festival, où des écrans géants diffusent les monologues de deux présentateurs chargés de combler les blancs en parlant de la candidatures de Glasgow pour accueillir les jeux du Commonwealth de 2014. Et à 19h30 précises (la nuit tombe tôt, pas besoin d'attendre plus longtemps pour lancer les fusées), le feu d'artifice, qui comme tout feu d'artifice, fuse, pêtarade, siffle, envoie des étincelles vives qui fondent en larmes d'or dégoulinantes sur le drap noir du ciel, et hypnotise le tapis humain soudainement retombé en enfance.


A 20h, la dernière fusée a rendu l'âme (quoiqu'il en reste encore un paquet de dissidentes qui vont silloner les cieux toute la nuit), la foule se meut d'un bloc vers la sortie du parc, et il rest ela nuit entière pour faire cramer des Guy Fawkes en carton-pâte ou allumer des feux de joie dans les appart' du campus (ce qui n'est pas très conseillé, la faute aux détecteurs de fumées, toujours aussi sensibles les saligauds). Ceci dit je n'ai pas vu de cramaison de Guy Fawkes, moi. Snif.

jeudi 18 octobre 2007

De la prolifération des Pound Stores à Glasgow


Glasgow, paraît-il, se vante d'une plus qu'honorable troisième place dans le classement des villes européennes possédant la plus grande surface marchande - après Londres et Paris. Quelques petites balades dans le centre de Glasgow suffise à faire abandonner toute tentative de remise en cause de cette affirmation au plus mauvaise langues anti-écossaises (et/ou anglaises) : des boutiques, il y en a, et pas qu'un peu. On compte pas moins de deux centre commerciaux aux tailles forçant le respect, le long de Buchanan Street, la principale artère commerçante de la ville : les Buchanan Galleries en haut, Sain Enoch en bas. Entre les deux, car consommateur pour consommateur, autant relier les boutiques concentrées à grand renforts de boutiques (légérement) diluées, on n'est pas dépourvu... Virgin, Topshop/Topman, All Saints, Borders, Diesel, Monsoon, Apple Store, Orange, Lush, Carphone Warehouse, glurps, je me noie sous les enseigne, les vitrines, les habits, les chaussures les livres, la musique que crache les hauts parleurs. De-ci de-là, un Snax in the City, Copuccino (ancienne loge de police convertie en loge de cafetière), Starbucks, ou un bête Fish & Chips se tiennent diposés à assouvir l'appétit des shoppeurs, affamés par ces allers-retour incessants de haut en bas de la collines ; aux heures de pointe (11h-16h), des cornemuses, des joueurs de djembé ou des guitaristes rythment allégrement le flot humain qui se déversent depuis ou dans les deux artères perpendiculaires à la Buchanan : Argyle Street en bas, Sauchiehall Street en haut. Tout droit venues de l'ouest, ces deux grandes rues imitent la Buchanant libérée des voitures et se convertissent en avenues piétonnes le temps de traverser le coeur commerçant de la ville, en profitant pour se parer de leurs plus beaux étals. Merveilles du développement en chaîne, c'est les mêmes au nord ouest et au sud est : Marks&Spencer, HMV, Virgin, Clinton's Cards, etc, etc.

Pas très exotique, tout ça, n'est-ce pas? Indéniablement, il y a de quoi chopper un sacré tournis entre ces grandes surfaces nettes et rangées aux prix généralement exorbitants - ou, en tout cas, chers. Le moins qu'on puisse dire c'est qu'on s'en lasse vite. Mais ce serait mésestimer Glasgow la bordélique que de réduire sa surface marchande à ces quelques multinationales bien ancrées, et ça risquerait même de la vexer, car tout ça n'est que la partie immergée de l'icebarg. Le morceau qu'on voit quand on reste dans les sentiers (... le terme "sentiers" n'étant autorisé que par la magnanimité de la licence poétique...) balisés et refuse de s'aventurer dans les coins moins lêchés. Il suffit de continuer le long d'Argyle Street pour se rendre compte que, soudainement, les choses ne sont plus pareilles. Les boutiques ne sont plus grandes, ni bien éclairées, ni bien rangées. Leurs noms ne sont plus ni pimpant ni familiers. Plus de Starbucks ou de Costa Café, à la place, des gargottes aussi discrètes que glauques. Le géant protecteur du coin, grand seigneur des bazars bon marché, s'appelle T. J. Hughes. Il vend de tout, pour rien. Autour, les Pound Stores pullulent - tout à un 1£, de la perceuse au litre d'Irn Bru en passant par le sèche-cheveux et la boîte de peinture.



La plus forte concentration en Pounds Stores de tout Glasgow se trouve sans doute sur ce tronçon de rue, mais ce n'est pas pour autant qu'ils sont tous ici : il y en a partout, dispérés dans tous les coins de la ville, parfois en grappe, parfois isolés. Et comme si ça ne suffisait pas, ce ne sont pas les seuls temples du Tout pour Rien - non, Glasgow fait mieux, ou pire, enfin, plus glaswegian en tout cas. Pour s'en rendre compte, le mieux est encore de continuer la descente vers l'est, de préférence un week-end... Au fond de l'immense parking derrière T.J. Hughes, il y une petite place qu'on imagine avoir été un ancien no-man's-land bordés d'entrepôts délabrés, qu'un jour une poignées d'écossais décalés auraient décidés de ressuscité. C'est King Courts, qui n'a de royal que le nom, une antre contre-culturelle où se côtoient quelques friperie, un marchand de guitares d'occasion, une boutique de posters, une autre de tee-shirt personnalisables, et, en bon gardien du temple, Mono, un restaurant végétalien-bar-disquaire résolument indie qui porte en guise de couronne une verrière et une tête de mouton.

Mais tout ça est encore bien sage... On peut encore continuer vers l'est, un pâté de maison derrière la rivière. Déjà, sur les trottoir ou dans les petites allées, on commence à voir des étals bordéliques où s'amassent de tout et de rien, des grand hangard proclamant être spécialisés dans le lino ou le papier peint, des enseignes colorées de "markets"... Et puis on finit par arrivé sur Gallowgate, une rue bariolée sortie de nulle par, bordés de magasins et de pubs d'un autre temps (mais, lequel?), et par une grande salle de concert ornées de néons étoilés. "Cycles Sales & Repairs", clame une enseigne à laquelles sont accrochés des vélos. Des Cut-prices, Pound stores & co. à profusion. On se rapproche du but... En face, sous une grande arche rouge accueillant les visiteurs aux "Barras", tout les week end, un des marché les plus bizarres des métropoles occidentale se déploie dans un fatras monstre sur quelques dizaines de métres carrés de rue goudronnées et de hangars peinturlurés. On entre, et, instantanément, on oublie où on est, quand, pourquoi, comment. Ca ressemble vaguement à une cité portuaire au début du siècle. A moins que ce ne soit à un souk, la grisaille et le froid en supplément, ou à une foire sans attraction ou alors simplement à un marché aux puces. Il y a des hangars, des stands, des étals, des barraques à crèpe et des roulottes à hot-dog, des gens qui s'apostrophent, partagent des cafés, achètes des fruits ou des gâteaux en contemplants les télévisions et les antiquités. Il y a des meubles, des pièces, des timbres, des théières hideuses, un pin's des Red Hot Chili Peppers qui traîne au milieu d'insignes de la "Life Saving Society", des banjos, des vieux vinyles, des DVD pirates, des casques, des plaques mortuaires, des fleurs, des fers à repasser, des posters, des miroirs déformants, des kilts, des guitares roses, des thrillers jaunis, des postes de radios, de l'encens et des champigons hallucinogènes. Des boîtes à outils. Des bibelots poussièreux. Des fripes en vrac. Des confiseries de toutes les couleurs. Des matelas. Des casseroles. Des rideaux. Enfin, vous devez avoir saisi l'idée, maintenant.


Forcément, après ça, Buchanan Street est à la fois très rassurante et très fade, pourtant elle n'est pas à plus de 20 minutes à pieds. Ca n'explique pas la prolifération des bazars et vide-greniers permanents (peut-être les greniers écossais sont-ils sans fonds?) à Glasgow, mais ça garantit que ni Marks, ni Spencer n'en viendront à bout avant très, très longtemps. Après tout, ça fait quelques siècles que Glasgow porte la casquette de ville marchande que chaque nouveau bateau dans le port enrichit un peu plus par-dessus celle de cité industrielle au développement foudroyant - ce qui implique l'abondance de choses à vendre, que tout les employés des magnat du commerces et de l'industries ne peuvent pas se permettre d'acheter au même prix que leurs patrons... Old habits die hard, or so it seems.



dimanche 7 octobre 2007

Irn Bru!


Je ne résisterai pas plus longtemps. Je ne peux décemment pas avoir passé deux semaines à Glasgow et ne pas encore avoir parlé d'une de ces bizarres idiosyncrasies qui font tout le charme de l'Ecosse (et des Ecossais). Non, non, pas le kilt. Le kilt, c'est une idiosyncrasie galvaudée (même si, j'en conviens, il en demeure quelques représentants authentiques, par exemple Geoffrey the Kiltmaker, domicilié sur Sauchiehall Street), comme beaucoup d'idiosyncrasies écossaises il est vrai. Non, je veux ici parler de ce genre de particularités qu'on ne remarque qu'en vivant dans le pays, et qui n'aideraient absolument pas l'office du tourisme de Glasgow à faire monter son chiffre d'affaire, parce que c'est ni spécialement sexy, ni spécialement remarquable.
Je vais donc dédier ce poste à... l'Irn Bru.

L'Irn Bru? Mékeskecékecetruklà? Ben, oui, je me doute bien que vous n'en avez aucune idée. Moi non plus, y a deux semaines, je n'en soupçonnais pas l'existence. Mais je m'en vais de ce pas vous expliquer tout ça, avec l'aide d'Almighty Wikipedia (qui a une page Irn Bru, oui oui, vous pouvez vérifier par vous-même que je ne me fous pas de votre gueule. Mais pas maintenant, sinon, ça sert à rien que j'écrive ce post, tsss).

La première chose à savoir, c'est que l'Irn Bru se boit. La deuxième chose à savoir, c'est que l'Irn Bru ressemble à tout ce que vous voulez, sauf à quelque chose qu'on a envie de boire. L'Irn Bru, c'est un liquide orange fluo avec des bulles, ça a le goût de sucre et de sirop pour la gorge, et c'est accessoirement le soft drink le plus vendu à Glasgow (qui est, au passage, le seul endroit au monde où ce titre n'est pas détenu par Coca-Cola), et les Glaswegians ont été très vexés quand le premier MacDo local a oublié de l'inclure à sa carte. Pourquoi? Euuuh... peut-être tout simplement parce que ça a été inventé à Glasgow (et, me direz-vous, il n'y avait qu'un Ecossais pour avoir une idée pareille, et vous n'avez peut-être pas tort).

L'Irn Bru est née en 1910, grâce à/à cause de M. Robert Barr et AG Barr & Co, qui sur le coup la baptise Iron Brew, nom appétissant s'il en est. Malheureusement cette charmante dénomination devra être modifiée 36 ans plus tard, à cause d'une stupide régulation imposant aux marques d'être "littéralement vraies", ou en d'autres termes de ne pas induire en erreur quant au contenu du produit qu'elles désignent. Or, dans l'Iron Brew, il y avait bien du fer, mais de "brew" il n'était point question, car ce n'était pas une bière, et ce n'était pas brassé. Alors, que fait-on chez AG Barr? Eh bien, on ne touche pas à la prononciation - trop dangereux pour une marque établie, on change l'orthographe...

De la composition du breuvage, on ne sait guère plus que de celle de Coca-Cola. Elle n'est connu que de deux personne chez Barr Soft Drink, et précieusement conservée sur un bout de papier enfermé dans un coffre en Suisse. D'après leur slogan, c'est "fabriqué en Ecosse, à partir de poutrelles (yumyum). D'après Wikipédia, en 1999, il y avait dedans 0.002% de citrate ferrique d'ammonium, et puis, du sucre, 32 agents aromatisants, et des colorants (mais, les trois derniers, très honnêtement, on les aurait trouvé tout seul...). Et tout ça donne un résultat très orange, très sucré, et globalement très étrange. Très bon contre les gueules des bois, également, paraît-il. Enfin. Ecossais, quoi.

Pour des informations complémentaires, je vous renvoie à ce magnifique site promotionnel, tout en flash et plein de schémas qui clignotent et d'historiques qui bougent, tout comme Bruno Latour les aime (au détail près qu'il est dépourvu de controverses digne de ce nom, mais je ne doute pas qu'il soit possible d'en dénicher une ou deux en cherchant bien) : www.irn-bru.co.uk

Quant à ceux qui souhaiteraient goûter la chose - à leur risques et périls, prière de passer commande en utilisant la fonction "publier un commentaire". Colis ou livraison à domicile, au choix (l'une prenant plus de temps que l'autre j'en ai peur). La maison décline toute responsabilité en cas d'effets secondaires non désirés.

samedi 6 octobre 2007

Sky blue sky....


Post noctambule, premier du nom. Il faut bien s'astreindre à un minimum de régularité (ahem). Donc. Il est 1h09 du matin, nous sommes samedi 6 octobre, le vendredi est officiellement révolu et avec lui, la première semaine de cours. Alors... racontons ça.


Premier point, pour l'instant, le plus fatiguant dans les cours, c'est le grimpage d'escaliers et le dévalage de côtes, inévitables du fait de la situation de l'Université, tassée à flanc de colline. Le plus déconcertant, ce n'est pas le contenu des cours, non, c'est le contenant, les innombrables "buildings" aux noms qui se ressemblent (oui, bon, ben c'est des noms d'Ecossais quoi) et la numérotation des salles et des étages, assez ésotériques au premier abord. Là aussi, c'est un corollaire du flanc de colline : selon la porte par laquelle on va entrer dans un des bâtiment, on peut se retrouver au 6e, au 3e ou en dessous du premier étage... Des fois, on a de la chance, on rentre en face des ascenseurs. Des fois, moins, et on se tape tout à pied, avant de faire trois fois le tour de l'étage pour trouver la bonne salle.
Une fois cette épreuve surmontée, les choses se passent généralement plutôt bien. Le pire qui puisse arriver, c'est de tomber sur un prof un peu trop écossais, et de buter sur l'accent qui va avec... il faut avouer que c'est une éventualité assez probable et difficile à éviter, mais, heureusement pour nous pauvres non-autochtones, le powerpoint est là pour nous aider à reconnaître les mots.

Ceci mis à part, rien de bien éreintant pour l'instant. Un cours ici dure entre 50 minutes et 1h, auquel on peut ôter un bon quart d'heure dévolu à la présentation général du cours pour la première leçons. Il y en une petite dizaine par semaine comme ça, à laquelle viendront se greffer deux ou trois heures de tutorials, qui sont en clair les cours en petit groupe pour lesquels on est censés vraiment travailler. Certes, il y a des bibliographies imposantes pour chaque cours, certes il est écrit sur la livret de présentation qu'on est censé consacrer 150h dans le semestre à chaque cours, certes tout ci et certes tout ça. N'empêche que mieux vaut avoir des choses à faire à la bibliothèque pour s'occuper les après-midi où il pleut, et gageons qu'il y en aura (surtout quand on habite juste en face de la bibliothèque).


En attendant, il ne pleut pas - enfin, plus exactement, il ne pleut plus : mercredi, le siel a plu tout ce qu'il pouvait et tout ce qu'il avait ; résultat, il n'a plus rien, et les nuages ont dû s'en aller faire des courses pour se ravitailler un peu (ils étaient tout vidés, et c'est pas étonnant, avec les trombes d'eaux qu'ils ont malencontrueusement laissées tomber l'autre jour). Du coup, il fait BEAU, avec un grand beau soleil sur le grand beau ciel bleu et une douce belle lumière automnale qui vient caresser les fauilles roussisantes des arbres. Pour présenter les choses autrement, il fait un temps qui dit "vient, ne rentre pas chez toi, comment pourrais-tu préférrer 10m2 peint en bleu, quand tu m'as, moi, été indien écossais?". Alors marchons, marchons, et ne citons pas la Marseillaise, s'il vous plaît, c'est absolument hors de propos.
Un coup vers la gauche, un coup vers la droite, un jour vers l'ouest, un jour vers l'est. Les deux sont très bien en tout cas, et très très différents. Forcément. Glasgow est construietes de telle façon qu'on ne peut jamais savoir ce qui va nous attendre au prochain tournant. Imposantes bâtisses victoriennes, pubs peints en noir, vert ou rouge, bâtiments ultra-modernes, terrains vague en travaux, grands espaces verts aérés et remplis d'arbres, immenses serres, maisons cossues alignés dans des rues ombragées, petites boutiques aux étendards de couleurs vives, cathédrale majestueuses entourée d'arbres, vieil hôpital, champs de mausolés plantés en haut d'une colline, avec vu sur les plus belles usines de Glasgow.... Cette ville est un bazar incroyable, un foutoir architectural sans logique apparente, qui change du tout au tout tous les 100m, un patchwork de couleurs, de tailles, de styles. C'est pas forcément toujours beau (même si souvent), mais ça a le mérite de ne pas être ennuyeux, et puis, si on y ajoute le soleil qui brille ou la douceur rosâtre du crépuscule, c'est charmant tout plein.



Conclusion, pour l'instant, pas vraiment de raisons de regretter mon report perpétuel à un lendemain indéfini de mes premiers pas dans la bibliothèque. Même si hum, bon, ben, va bien falloir y aller, un jour ou l'autre, hein.


jeudi 27 septembre 2007

Inauguration


Bien. Sixième jour à Glasgow, il est plus que temps de commencer cette chose, avant qu'il y ait trop de choses à raconter pour que cela puisse y tenir. Donc, sixième jour dans la contrée du grand Robert Burns, que je ne manque pas de saluer à chaque fois que je passe devant sa statue sur George Square (c'est-à-dire, souvent - aujourd'hui d'ailleurs le pauvre monsieur était importuné par des camions et des stands estampillés "Ratatouille", et ça n'avait pas l'air de le réjouir). Les pigeons en tout cas ne l'épargnent guère plus que le pauvre Diderot du boulevard Saint Germain : à George Square ou à Saint Germain, les écrivains statufiés des grandes villes sont apparemment condamnés à porter la perruque blanche - c'était bien la peine de passer à la postérité. Le bon vieux Robert en peut même pas se consoler en invoquant l'originalité, parce que l'originalité en terme de couvre-chef, à Glasgow, c'est déjà pris par Wellington (domicilié sur St Vincent Square, la place d'à côté), qui, fort avisé, a décidé une nuit que, pour se protéger des pluies de fientes, il porterait désormais un cône d'autoroute (enfin, un machin conique à rayures rouges et blanches). Robert a donc toutes les raisons d'être triste, et du coup, on ne l'entend pas chanter Auld Lang Syne en choeur avec ses colocataires (ils sont beaucoup, les statufiés de George Square).


De temps en temps passe une mystérieuse limousine rose bonbon, qui dépose un groupe d'enfants devant l'imposante bâtisse qui trône sur la place, et qu'on a tout le temps d'admirer en attendant que le feu pour les voitures passe au rouge, ou que celui pour les piétons passe au vert, ou qu'il se passe quelque chose qui permette de traverser la rue sans (trop) de danger. Car oui, traverser les rues en Ecosse est un art difficile, que l'on ne maîtrise pas en dix minutes ni même en six jours, d'ailleurs. Au traversage de rues s'ajoute l'escaladage de collines et d'escaliers, car Glasgow n'est, hélàs ou heureusement, c'est selon, pas une ville plate - ah mais alors, pas du tout! Et on s'en rend tout particulièrement compte quand on habite en haut d'une colline, au troisième étage qui plus est. Alors, oui, Glasgow est une ville d'aventuriers, peuplée d'autochtones à l'accent improbable, que certains (présentement, les freshers de 17-18 ans, amateurs de bière et de sorties nocturnes) s'évertuent à faire entendre à la ronde (fierté nationale, quand tu nous tient) après l'avoir savamment imbibé d'alcool - de préférence la nuit, pour imiter les loups, sauf que les loups ne roulent pas les r de leur bière.

Ceci dit, on a beau dire, si les racontards sur l'accent et l'alcool sont, il faut le reconnaître, assez véridiques, tout ce qu'on raconte sur Glasgow n'a pas cette chance : Glasgow n'est pas une ville moche, et Glasgow n'est pas (encore) une ville humide. Il n'y fait même pas si gris que ça (enfin, au moment où j'écris ces lignes, si, mais c'est bien la première fois en trois jours), il n'y pleut (pour l'instant) pas tant que ça, et le temps est de toute façon tellement capricieux que si nuages il y a, on est parfaitement en droit d'espérer qu'ils se crapahutent aux antipodes en un quart d'heure. C'est d'ailleurs souvent ce qu'ils font, peut-être parce qu'ils en ont marre de Glasgow, même si je le répète Glasgow n'est pas moche. Glasgow est un foutoir de bâtiments de toutes les tailles, de toutes les formes, de tous les âges et de toutes les couleurs (avec une forte dominante grise et rouge), amoncellés entre des grandes artères rectiligne dans le centre, moins alignés quand on se dirige vers la périphérie. Un peu comme le temps, le paysage a une forte inclinaison à changer du tout au tout en quelques minutes, une rue un peu glauque remplie de bazars et de "pound store" peut donc déboucher sur une tour en pierre grise abritant une horloge bleue et or, à côté du marché couvert et d'un des trois soi-disant "plus vieux pubs de Glasgow". L'affluence elle aussi varie fortement : de la foule du milieu d'après-midi, on passe vite au vide du début de soirée, le temps pour chacun de rentre chez soi s'installer devant un repas, avant d'aller s'abriter dans un des nombreux pubs qui bordent les rues...