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lundi 9 juin 2008

Bringing it all back home.

Un jour, tout le monde s'en est allé. Alors, il a bien fallu s'en aller aussi. Et même si ça faisait une bonne dizaine de jours que le refrain "That's so weird" résonnait dans tous les coins, personne n'y était vraiment préparé.
Personne, surtout pas moi, ni Barbara d'ailleurs, qui avons poussé le vice jusqu'à réserver nos billets de retour moins d'une semaine avant le retour en question (après avoir passé trois semaines à repousser l'échéance, la procrastination étant un art qui se travaille). Pourtant les gens partaient petit à petit, au compte goutte, d'abord Simon-le-Chicagoan, qui s'est envolé trois semaines avant tout le monde, ensuite Jordi-le-Catalan, qui a pris la route fin mai, puis Megan qui était partie d'Atlanta en janvier et a quitté notre appart' pour Raleigh où sa famille a déménagé entre temps, et sûrement plein d'autres que j'oublie. Mais tant qu'on est encore là... on est encore là. Jusqu'à ce qu'on n'y soit plus, parce qu'on n'a pas réussi à oublier qu'il fallait rendre les chambres le 7 juin, 10h, au plus tard (gageons que le campus ne nous aurait pas laissé l'oublier, de toute façon).

Alors il faut ranger, aspirer, nettoyer, remettre les meubles à leur place de départ, déshabiller les murs, vider les placards, piller les frigo, dépouiller les réfrigérateurs, gaver gaver gaver gaver les valises. Et puis amonceller les sac poubelles, bourrés à craquer de tout ce que les valises refusent d'avaler, c'est-à-dire beaucoup de choses ; d'ailleurs, tout d'un coup, une zone d'ombre a été levée sur le mystérieux comportement de la femme de ménage.

*** Tiens, je vais en profiter pour faire une petite digression sur la femme de ménage. Enfin, la Cleaning Lady, avec des majuscules s'il-vous-plaît ! La Cleaning Lady est une petite femme toute menue, plus toute jeune mais pas encore trop veille, aux cheveux blondasses coupés courts et vêtue d'un uniforme bleu marine de cleaning lady. Tous les mercredi matins, juste après le (toujours, même après 8 mois) terrifiant test-alarme-incendie de 10 secondes, elle vient "nettoyer" la cuisine, les toilettes, la salle de bain et les escaliers. Alors, elle nettoie, oui, bien sûr, la preuve, ça pue l'eau de javel (et la cigarette, aussi) à 300m à la ronde après son départ. Mais elle nettoie à sa façon c'est-à-dire qu'elle amène son balais et son seau, et puis elle amène son journal, et son paquet de cigarettes, et elle commence par s'asseoir dans les escalier, poser son balais et son seau sur une marche, et fumer une première cigarette. Si on passe, elle se pousse un peu pour laisser la place, elle dit gentiment et avec un grand sourire "Hi there dear how's't goin'" (à peu près), et voilà. Parce qu'elle ne peut pas vraiment fumer dans les appart', vous comprenez, les détecteurs de fumée, tout ça. Mais comme les marches, c'est moyennement confortable, elle fini par se rendre dans l'appart, et s'asseoir dans le canapé pour lire son journal. Bien sûr, si quelqu'un rentre dans la pièce à ce moment, elle se lêve et s'empresse de commencer à nettoyer, en engageant très gentiment et avec un grand sourire la conversation (malheureusement, comprendre la Cleaning Lady est un art délicat, que 8 mois ne suffisent guère à maîtriser ; les conversations sont donc souvent assez brêves et confuses). Une fois qu'elle a fini de nettoyer la cuisine (qui n'est vaiment propre que parce que quelqu'un a déjà passé le balais la veille au soir), elle passe aux toilettes, puis à la salle de bain, et finalement, s'en va. Parfois s'ensuit une perplexité chez les locataires de l'appart' : mais, qui donc est sous la douche, puisque nous sommes toutes là? Réponse, vous l'aurez deviné, personne, la Cleaning Lady a juste oublié de fermer le robinet.
Chaque semaine, elle laisse une trace de son passage. Un cadeau, en quelque sorte, même si c'est toujours le même : deux feuilles de papier aluminium pour le grill, et 8 sacs poubelles. Sachant qu'on en utilise en moyenne 3 ou 4 par semaine, je vous laisse calculer le nombre de sac poubelle dans nle palacard sous l'évier à la fin de l'année. Fin de la digression, car sur ce... ***

Nous avons donc compris pourquoi la femme de ménage laissait autant de sacs poubelle chaque semaine : elle savait qu'à un moment donné, nous aurions besoin de très largement dépasser notre consommation moyenne habituelle de sacs poubelles, parce que nous aurions beaucoup, beaucoup à jeter. Elle avait raison (même si elle l'a pas fait exprès, mais ça, Dieu seul le sait, et encore, c'est même pas sûr), et au moins, nous avons éviter le stress de la pénurie de sacs poubelle. Faut dire qu'on n'en avait pas besoin. Par contre, les trois survivantes que nous étions ont eu besoin d'un pack de glace Bohemian Raspberry de chez Ben & Jerry, de deux bouteilles de vin blanc et d'une de Corona comme anesthésiants pour venir à bout de cette orgie de balançage de 8 mois de vie dans des valises et/ou des poubelles. Précisons que Barbara et moi n'avons rien trouvé de mieux à faire pour occuper la moitié de la soirée, que de peindre une assiette et de discuter politique et philosophie au milieu des débris de cette hécatombe de souvenirs. (Eva, elle, est restée un peu plus maîtresse de ses sens, et s'est contentée pour l'essentiel de nous regarder, amusée, en se disant sans doute qu'elle ne retrouverait pas de sitôt des colocataires de ce genre, ne serait-ce que parce qu'elle n'a pas prévu de se remettre en colocation. Et puis aussi, Eva devait quitter l'appart à 3h30, pour prendre un avion qui décollait à 6h15, elle avait donc beaucoup moins de temps. Même si ce n'est pas la peine de faire semblant, elle est organisationellement beaucoup moins catastrophique que Barbara et moi, c'est certain).

Le lendemain matin, par contre, comme le vin blanc, la Corona et la glace s'étaient définitivement évaporé, était beaucoup moins drôle, parce qu'il ne restait plus que quelques bols entassés sur la table du salon, deux ou trois tasses restées ici histoire qu'on puisse boire un dernier thé avant le départ, et des sacs poubelles gisant à côté des valises - enfin bouclées- dans le couloir. Et Barbara encore ensommeillée, sur le point de se retrouver seule locataire de l'appartement déserté (première arrivée, dernière partie, même si juste à quelques heures prês les deux fois). Les flashbacks se bousculent, mais pas le temps pour eux, au-revoirs (pas trop longs, parce que mince, les au-revoirs, c'est jamais qu'une formalité - difficilement contournable - mais immanquablement douloureuse), "See you in Mongolia - no, I'll see you before that anyway! ", et balabambam les bagages dégringolent maladroitement les escaliers. [Ils étaient VRAIMENT trop lourds.]




Silence
VLADIMIR. - Ca a fait passer le temps.
ESTRAGON. - Il serait passé sans ça.
VLADIMIR. - Oui. Mais moins vite.

Un temps
ESTRAGON. - Qu'est-ce qu'on fait maintenant?
VLADIMIR. - Je ne sais pas.

- Samuel Beckett.

jeudi 29 mai 2008

I was tagged by Keisuke !

Je vous présente Keisuke Nakamura, amateur de kebab, organisateur occasionel de dîners multi-nationaux, et surtout photographe officieusement officiel des soirées estudiantines internationales de l'Université de Strathclyde de son état.


Keisuke Nakamura est Japonais, évidemment. Il est d'ailleurs le seul Japonais à étudier à Stratchlude cette année (ou alors, les autres s'il y en a sont extrêmement discrets), alors, il déploie tout ses efforts pour que son pays soit représenté à la mesure des autres. Pas facile, quand on doit être aussi présent à soi tout seul que, mettons, une cinquantaine de Français, autant de Chinois, une poignée de dizaines d'Espagnols, des grappes de Malaysiens, une vingtaine d'Américains et leur pendant Canadiens, une quinzaine d'Italiens, cinq représentants de chaque nation Scandinave, et j'en passe. Même les Luxembourgeois ont plus de représentants à Glasgow que le Japon, c'est dire. Impossible, même, me direz-vous? Que nenni ! Keisuke Nakamura relève tous les défis, voyons.

Et tout le monde connaît Keisuke Nakamura, sa dégaine de pantin dansant, son enthousiasme inextinguible, et, évidemment bien sûr par-dessus tout, son appareil photo. Tout le monde aime Keisuke Nakamura, parce que, ben, parce que, c'est pas facile de trouver une raison de ne pas aimer Keisuke Nakamura, qui en plus d'être toujours souriant, dynamique et sautillant, est aussi incroyablement généreux et hospitalier. Et aussi, probablement, un peu fou - mais d'une bonne folie. En tout cas, ce qui est sûr, c'est que le Japon a trouvé un ambassadeur parfait.

Bon, il est vrai que cet ambassadeur ne fait pas grand chose pour arranger la réputation de photographes compulsifs qui colle à la peau des Japonais. Je ne me rappelle plus du nombre exact de photo qu'il a pris depuis son arrivée à Glasgow en Septembre (et, de toute façon, mon chiffre date d'au moins deux mois, autant dire qu'il est complètement périmé), mais ça se compte en dizaines de millier. Au moins. Voir Keisuke Nakamura sans son appareil phot à la mains est rare, et ne peut signifie que quatres choses : quelqu'un d'autre est en train de prendre la photo, Keisuke est occupé à cuisiner du wasabi ou des sushis pour quelques dizaines d'invités, Keisuke mange un Kebab d'après-soirée chez Best-Kebab (le rendez-vous glauqe des étudiants sortant des clubs à 3h du mat'), ou Keisuke charge les photos de la soirée précédentes sur Facebook (ce machin est devenu le centre de gravité de la vie des étudiants en transit, à un point que c'en est inquiétant, mais là n'est pas le sujet), et ajoute patiemment les noms de toutes les personnes présentes sur chaque photo.

C'est pour ça que Keisuke Nakamura a besoin de connaître tout le monde : il a besoin de tous les noms, pour pouvoir documenter toutes ses photos avec précision. Toutes, hein. Même ça :



(oui, quand je vous dis qu'il est sans doute un peu fou... )

Il ne fait pas non plus grand chose pour débarrasser les Nippons de leur réputation d'extrême politesse, tant il remercie tout le monde pour tout ; merci de venir à ma fête, merci de prendre cete photo pour moi pour que je puisse être dessus, merci de m'envoyer un message, merci de me remercier ! (et, entendez bien que je ne m'en plains absolument pas. Au contraire, je ne vois pas pourquoi il ne faudra pas que les Nippons conservent et soignent cette réputation.) Qui voulait une preuve que les Japonais ne sont pas perfectionnistes sera aussi déçu, tant tout ce qu'il organise doit l'être à la perfection, et de façon on ne pleu plus claire, précise et détaillée. Et qui pensais que les Japonais n'étaient pas hospitaliers ne trouvera pas de quoi étayer sa thèse ici, parce que non seulement, Keisuke n'aime rien tant qu'inviter les gens chez lui, mais en plus il a toujours deux ou trois bricoles à leur offrir en signe d'amitié. Une pièce de 5 yens par-ci, des baguettes en laque par-là. Et Auld Lang Syne joué sur une flûte de cornemuse en guise d'Adieu(ou, plutôt, d'Au-revoir, d'ailleurs, Auld Lang Syne, en Français, ça se dit Ce n'est qu'un Au-revoir, alors...).

Sinon, Keisuke Nakamura aime Material Girl de Madonna.

Bon, et puis, un jour, dans quelques années, sans doute, il y aura des gens qui seront moins contents qu'ils le sont aujourd'hui que toutes leurs soirées de débauche éthylée aient été documentées et que toutes les photos compromettantes aient été mises sur Internet, avec leur nom dessus. Et alors seulement, sans doute se trouvera-t-il une poignée de personnes pour détester Keisuke Nakamura... ou en tout cas, pour ne plus être si fiers d'avoir été "taggés par Keisuke".


mercredi 19 mars 2008

Béatrice uncovered


Au péril de leurs vies, deux Scubiennes ont infiltré le domicile béatricien. Abusant de son thé, de ses scones et cookies, elles n'ont pourtant pas oublié leur mission première, vous raconter, enfin, la VRAIE vie de Béatrice en Ecosse.

Pressées par le temps, nous irons à l'essentiel....

1°) Béatrice est une étudiante bobo. Elle achète des bananes Max Havelar. Qui a les moyens d'acheter des bananes fair trade? tout cela est louche, elle doit gagner de l'argent quelque part (traffic d'organes? huhu)

2°) Béatrice boit sa Guinness plus vite que Viviane et c'est vexant pour elle. Et Béatrice a semble t'il moult entrainement, cf. cliché révélateur

3°) Béatrice aime les épingles à nourrice géantes.

4°) Béatrice a des nouvelles chaussures, mais elles ne sont pas rouges. (Béatrice va donc s'acheter des chaussures rouges. Et du Cheddar rouge.)

5°) Béatrice a une Bible dans sa chambre ou sèchent des fleurs dédiées au Seigneur. Ont été vues page 854 une joncquille et page 486 une fleur jaune non identifiée.

6°) Béatrice achète du camembert au lait frais parce qu'il "peut contenir des bactéries".

7°) Béatrice n'a pas le droit d'entreposer des traffic cones et des barrières dans son appartement cf. Birkbeck Court Regulation 845-3 (mais ses voisins le font)

8°) Béatrice est à la diète écossaise. Et ça fait peur, parfois.

9°) Béatrice va en cours, mais pas assez longtemps pour que nous puissions tout exposer. Elle arrive! aaahhhh



lundi 10 mars 2008

Uh? merica...

"Uh? merica" ?Drôle de titre (que j'emprunte à une chanson de Regina Spektor, rendons à César ce qui est César) pour quelqu'un qui écrit depuis l'Ecosse, me direz vous... Eh bien, oui, mais non, vous répondrai-je, parce qu'il se trouve que je crois bien avoir rencontré ici plus d'Américains que d'Ecossais... Je rajouterais bien que je connais un nombre relativement impressionant d'Américains pour quelqu'un qui n'est jamais allé à l'ouest de Porto, mais là n'est pas le sujet.

Pourtant, des Américains, il y en a, mais pas tant que ça. Je ne suis même pas sûre qu'il y en ait tellement plus que de Canadiens, alors qu'il y a quasiment un rapport de 1 à 10 entre les populations des deux pays. Mais il y en deux dans mon appartement, alors, difficile de passer complètement à côté.

Megan et Ashley, que j'ai déjà rapidement évoquées il y a quelques semaines, viennent du Sud - comme l'écrasante majorité des Américains exilés ici. Pourquoi une telle invasion de Sudistes, dans un pays aussi froid, sombre et humide que l'Ecosse, je n'en ai ma foi pas la moindre idée, mais j'observe. Caroline du Nord, Caroline du Sud, Tennessee, Georgie, Arkansas, Texas, Virginie...
Megan et Ashley ont prévenu, dès les premiers jours, qu'il ne fallait pas juger les Etats-Unis sur leur image et leur comportement. Heureusement, suis-je tentée de dire...

Parce qu'il m'a suffit de quelques semaines dans un appart fréquemment envahie par une cohorte gloussante, piaillante, pécorante, ricanante, rotante, jurante, composée de mes colocs et de leurs compatriotes-amies, pour me rappeler ou m'apercevoir que les Etats-Unis, c'est...

le Coca Cola par litres, parce que l'eau n'a pas assez de goût,
les croques-monsieurs frits dans le beurre dès qu'on a un petit creux
les placards remplis de boîtes de gâteaux, brownies et pancakes en poudres
un humour à peu près aussi gras que la nourriture
un vocabulaire qui oscille du "It's soo awesome and delicious and great and cool" au "Sluts, get up goddamn motherfuckers an ' you fuckin' bitches"
le rot sonore et prolongé comme ponctuation du quotidien
une quasi-ignorance de l'état du monde au delà des frontières de son petit univers ("Hitler, il était fasciste ou socialiste?" ... "Et donc, Cuba, c'est fasciste, c'est ça?")
une tendance subséquemment exacerbée à rire de l'ignorance des autres
les discussions interminable sur les stars du college football
la crainte de la décadence des moeurs qui croque les jeunes dans leur berceau en passant par les écrans
la télé toujours allumée, avec le plus de chaînes possible (4 chaînes, ça n'est pas la télé, il faut acheter un décodeur pour en avoir cinquante de plus)
les Backstreet Boys, High School Musical, Dan Cook, Rupert Murdoch
des girls movies, des girls book, de la cultures à l'aspartame
Ronald Reagan et la dynastie Bush
Kentucky Fried Chicken & Pizza Hut, MacDonald-MacDonald
tout il est beau il est gentil il est incroyable, sauf quand on décide qu'en fin de compte, c'est moche, débile, idiot, insupportable et donc à jeter, parce que...
... s'il y en a trop, on jette / s'il y en a pas assez, on achète.
plus de bruit qu'un car de touristes franchouillards, en fin de compte
une communauté qui laisse le portail grand ouvert, mais ne pense pas à la porte d'entrée
des drama & romances qui éclosent à partir de rien, et fânent vite
des hyperboles gonflées à l'hélium

LOIN, en fait.

Alors, c'est fatiguant, des fois, de vivre avec des Etats Unis comme voisines, toute gentilles et polies qu'elles fussent. Et ça fait revoir le croquis mental qu'on avait du pays, changer quelques lignes, en retracer de nouvelles, accepter d'y incoporer quelques clichés qu'on croyaient pourtant éculés. On se dit que, peut-être, le choc culturel, ça existe vraiment, en fin de compte... que les stéréotypes ont pas toujours tout faux... qu'on avait juste laissé son imagination s'égarer... et qu'elle s'était bien plantée...

Parce que moi, je croyais (et j'aimerais bien continuer à pouvoir croire) que les Etats-Unis, c'était...

le pays des romans individuels, des épopées industrielles, des sagas hobo-esques, des errances infinies et insouciantes, des perdants magnifiques, des rêves qui explosent en plein vol et s'éparpillent en feu d'artifices à travers les cieux
Bob Dylan, Tom Waits, Louis Armstrong, Johnny Cash, Miles Davis, Bruce Springsteen, Billie Holiday, l'hôpital Saint James et l'hôtel Chelsea
les contre cultures éphèmères - les coalitions de réfractaires
Woody Allen / Woody Guthrie
le confort d'une chanson mélancolique et feutrée comme la neige qui réchauffe un matin d'hiver et rafraichit un soir d'été - Bright Eyes, M. Ward, My Morning Jacket, The Postal Service, les songwriters new-yorkais
Thomas Jefferson, Martin Luther King, Barack Obama
un café à Seattle, un bourbon à la Nouvelle Orléans
une cohorte d'écrivains qui font ployer les étagères loin des frontière américaines, de Dos Pasos à Paul Auster en passant par Kerouac, Bradbury, Vonnegut, Bukowski.
les grandes étendues de natures qui noient les fourmillères urbaines
le géant de Big Fish qui se promène à travers les rues de Riddle, Mississippi au son de Stuck Inside of Mobile with the Memphis Blues Again
les vallées de silicone construites dans les vestiges de vallées de roc et de poussière
le Mexique à côté de l'Italie à côté de la Chine à côté de la Russie à côté de l'Irlande à côté des Caraïbes

... et toute une série de fantasmes du même genre, probablement aussi stéréotypés que la première énumération, d'ailleurs.
Heureusement pour mon imagination toute inquiète de s'être si dramatiquement fourvoyée (et pour les Etats-Unis, aussi), il n'y a pas que des clones de mes colocs chez les Américains importés en Ecosse, et il y a donc aussi des gens pour sauver mes élucubrations sur le compte de leur pays. Ils/elles sont plus rares (et, en général, ils/elles viennent du Midwest - bon, personne de la Côte Ouest ni de la Nouvelle-Angleterre dans les parages, non plus, faut dire), mais aussi plus facile à trouver, parce qu'en général, ce sont ceux qu'on voit se mélanger aux Européens.

En attendant, heureusement pour moi qu'il y en a, parce qu'il paraît que j'ai une tête de Nord-Américaine, à en juger par l'air tout surpris de la jeune fille qui est venue me demander "Are you from the US or Canada?" la semaine dernière, quand je lui ai répondu que non, j'étais Française, pourquoi, j'avais l'air?... Notez que sur cette réponse, elle s'est empressée de passer son chemin et d'aller voir ailleurs si elle y était.

mardi 29 janvier 2008

Flux RSS, Heath Ledger, Glasgow Green, Robert Burns

Huit jours depuis le dernier post : et le retour, et les exams ont enfin été surmontés ; la vie reprend un train plus paisible, même si ce matin, dehors, le ciel fait toujours autant la gueule et la ville est toujours enveloppée dans une épaisse nappe d'humidité qui la fait suinter la pluie de toute part. Mais hier, il faisait beau (beau, à l'écossaise, c'est-à-dire qu'une moitié du ciel était d'un bleu éclatant, et l'autre moitié d'un noir inquiétant). Bref, entre les deux jours de grisaille qui ont vu éclore ces deux notes de blog consécutives, il y a eu, déjà, pas mal d'autres jours de grisaille, qui continuent de se rallonger, ce dont on ne va pas se plaindre - maintenant, on peut lever les yeux vers le ciel à 17h, et se rendre compte avec émerveillement qu'il ne fait pas encore complètement nuit!

Il y a aussi eu, comme se doit, de nombreuses heures en tête à tête avec des cours et des bouquins, passées entre une chambre trop silencieuse et une bibliothèque trop bruyante, à s'efforcer de faire fonctionner les derniers neurones encore disponibles pour retenir une date ou un chiffre de plus, ou simplement pour relire une quinzième fois un cours qu'on connaît déjà par coeur, mais, des fois que, sait-on jamais, mieux vaut être prudente, et de toute façon, rien de mieux à faire, hein.

Alors il y a eu quelques translations vers la cuisine, pour échanger quelques mots avec une autre dans le même état, avant de s'en retourner avec une tasse de thé, prétendant qu'on va bosser, alors qu'en fait, on va écouter la chronique d'Olivier Duhamel (qui gagne en saveur avec le dépaysement) et valser entre les flux RSS qui se multiplient dans la barre personnelle de Firefox, et qui disent souvent tous la même chose, mais pas pareil, et assomment à coup de gros titres encore plus implacables dans leur uniformité que leurs homologues sur papiers (tous la même taille, tous alignés, tous à égalités, se noyant les uns les autres dans un déluge de catastrophes, de distinctions, de faits divers glauques, de Sarkozys et de tennismen, de caucus américains et de voitures piégées, de hausse du prix du pétrole et de crise du MP3, de nouvelles élections truquées et de nouvelles pellicules projetées sur des écrans blancs à intervalles réguliers)
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Le lundi de Pentecôte va redevenir férié
Portraits du Pakistan : (1) Rabiah, femme médecin
Giuliani's worst nightmare
Alejandro Sanz se va de la lengua
Un superpréfet devrait coordonner le "chantier prioritaire" des sans-abri
M. Sarkozy veut une réforme radicale du système de recherche français
Taxpayers are victims of "War on drugs"
La viviendas hipotecadas caen un 15% en noviembre
Patrick Rambaud : "La comtesse Bruni? C'est le diable..."
Father killed over son's football
'I felt completely out of control'
Solo hay que seguir la linea del parabrisas
Laugh? You must be joking
Le fils de Nabokov va-t-il brûler un manuscrit de l'auteur de "Lolita"?
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Au milieu de tout ça, et des tribulations du Parlement écossais, un "L'acteur Heath Ledger retrouvé mort dans son appartement de New York"/"Hallado muerto el actor Heath Ledger"/"Actor Heath Ledger found dead" a fait son chemin, emporté dans cette avalanche continuelle d'évènements, pas plus grave, pas plus significatif que les autres, presque vide de sens dans son abstraction, perdu dans ce flot incessant. Pourquoi celui-ci retomberait-il plus lourdement sur la tête que les autres? Parce qu'il arrive au mauvais moment, parce qu'il est plus facile à se représenter, quelque part plus familier, plus simple aussi (il n'y a qu'une personne dans l'affaire ; pas de pourcentage, pas d'inflation, pas de villes dont on ne sait pas prononcer le nom correctement, pas de manoeuvre politicienne, juste une pilule de somnifère en trop)? Et puis Heath Ledger est mort comme Nick Drake, presque au même âge, une semaine après que j'ai vu pour la troisième fois le Robbie Clark dylanien auquel il a prêté ses traits dans I'm Not There s'écraser lamentablement en mobylette contre un arbre... Pas plus triste qu'une autre nouvelle, mais pas moins triste non plus, bizarrement, celle-ci résonne plus...
Et aussi, c'est un bon prétexte pour poster cette très jolie photo, et les prétextes pour poster de très jolies photos, ça ne se refuse pas, surtout dans un blog qui en manque (de très jolies photos) :


Il y a eu une énième balade dans la nécropole pour s'aérer la cervelle - entreprise d'ailleurs réussie, puisque ce jour-là (aussi gris que les autres), le vent soufflait des bourrasques à s'époumonner "Iiiiiiiiiiiidiot wind, blowing through the flowers on your tomb, blowing through the curtains in your room !". (Dylan, toujours Dylan, on ne se refait décidemment pas)

Enfin, il y a eu un dernier exam, celui sur le microcosme politique écossais, passé dans une église toute rouge, pendant que la neige refroidissait le premier jour de soleil depuis longtemps. Et puis le même jour, il y a eu le soulagement d'en avoir enfin fini, deux zucchini breads allégrement engloutis par les locataires du 4D, la découverte de Provand's Lordship (la plus vieille maison de Glasgow, habitée par un bonhomme en cire à l'air fort peu bonhomme qui effraie les gens qui s'aventurent dans sa chambre), et une balade qui nous (nous = Barbara et moi) fera traverser Glasgow Green sous un ciel clément et entrourées des effluves de brasseries (ahlala, vive la bière...). Ensuite il y a eu un essaim de cumulo-nimbus menaçant qui s'amoncelaient à l'horizon, une averse de grêle cinglante sous le soleil, un arc en ciel, et finalement le ciel qui retrouvait son gris de cérémonie, d'où un retour sous la pluie glacée et le vent glaçant.

Il y a eu une expédition collective de quatre colocataires qui réalisaient après plus de trois mois qu'elles vivaient ensemble, direction Sainsbury's, objectif : trouver du Haggis et une bouteille de vin pour célébrer dignement (et avec un jour d'avance) l'anniversaire du sieur Robert (aka Rabbie) Burns, sommité nationale. Le Haggis n'a d'ailleurs pas voulu bouillir dans la casserole, il a fini au micro onde, mais il était bon quand même. Ca doit être parce qu'on n'a pas récité en entier l'Adress to the Haggis... (écrite par Robert Burns, qui pensait à tout, même à ses fêtes d'anniversaires posthumes).


Après il y a eu un week end à Manchester (qui sera relaté ici en temps voulu, c'est-à-dire très imminemment bientôt), des adieux-pas-vraiment-adieux-mais-tristes-quand-même à Martina et Puisan, qui s'en vont, mais ne s'en vont pas vraiment, en tout cas pour l'instant elles sont toujours aux alentours, mais leurs chambres ne sont plus à elles, et deux nouvelles arrivantes américaines (Ashley, North Carolina - Megan, Georgia), un cours de yoga, et finalement la reprise des cours, oh combien épuisante ! (ou pas, hum)

D'où ce post bordélique (dont il est indiqué qu'il a été publié à 11:11, ce qui n'est pas vrai, mais faites un voeu quand même).

lundi 21 janvier 2008

Retour / Exams

Il est plus que temps... autrement, le terme "retour" deviendra complètement anachronique, puisque cela fait déjà plus d'une semaine que le "retour" est consommé. Mais voilà, le retour, il ne s'est pas fait dans le seul, pur et unique but de retourner. Sinon, je serai sûrement retournée plus tard, parce qu'à Glasgow, en janvier (ou en tout cas ce janvier), il fait pas encore très jour (sunset : 4:28 PM dit le site de la météo, ce qui, je vous l'accorde, est toutefois une nette progression depuis le "3:45 PM" de la mi-décémbre), et surtout, il fait vraiment un temps pourri. Ou plutôt un temps favorable à la pourriture, à la moisissure, et à tout ces jolis phénomènes qui n'aiment rien mieux que l'humidité et l'obsucrité. Ou pour faire bref, le ciel est dépressif, tout gris et pleurnicheur, à tel point que c'en est parfois contagieux. Et les choses sentent la fin... même si de fin pour moi il n'est pas encore franchement question... Trois des occupantes de l'humble appartement 4D (le mien, si vous avez bien suivi depuis le début vous devriez le savoir) s'en vont vers d'autres cieux dans moins d'une semaines, et pour l'instant rien d'autre pour nourrir ses journée que des lambeaux de cours passés qu'il faut ressortir, dépoussiérer, déchiffrer, et empiler dans son crâne de façon plus ou moins étudier, solide et dense, en espérant que l'édifice ne s'écroulera pas avant les deux heures fatales durant lesquelles on devra le reconstruire sur une copie, dans un grand hall enfûmés par le bouillonnement des cerveaux et obscurci par les vapeurs d'encre.

Ben oui, ça s'appelle la session d'examens de janvier, quoi. Et c'est peut être pas universel mais en tout cas ça marche aussi en Ecosse. Quoique les ethnologues les plus fins remarqueront un certains nombre de différences notables.


• Ici, un exam, ça dure deux heures. Peu importe la matière, peu importe l'année, peu importe la forme. Deux heures, pas plus, pas moins. Pas de départ pendant la première demi heure ni pendant le dernier quart d'heure (pourquoi le dernier quart d'heure, mystère). La dissert' en 4h, ça n'existe pas ! De toute façon, les dissert', c'est pour les fin de semestre, et ça se fait à la bibli, en lisant moult bouquins et articles ésotériques, et en plus de 4h.

• Ici, un exam, c'est sans pièges et sans mauvaises surprises. Pas comme en France où il faut toujours (on n'est jamais trop prudent) être préparé au plus vicelard, à la question la plus inattendue ou à la tournure la plus biscornue, ou encore à la résurgence de thèmes disparus des annales depuis qu'on a décidé de conserver les sujets passés pour les mettre sur le marchés. Non, ici tout est tellement transparents que cela rend presque méfiant - inutilement, c'est juste la paranoïa injustifiée qui ressort. En maths, les exercices sont pratiquement les mêmes tous les ans, seuls les chiffres, le nom des fonctions et quelques signes à gauche à droite change, des fois une ou deux questions aussi mais rien de bien significatif. En sciences sociales, le dernier cours du semestre s'appelle "revision session" et consiste à donner aux élèves les thèmes de chacune des questions du sujets... sachant qu'il ne faut en traiter que deux, ce qui a l'inconvénient d'ôter tout son piment au jeu des impasses, qui sont officialisées et aiguillées... Non vraiment, niveau prise de risque, zéro. Angoisse minimale (quoique non nulle pour autant, ce truc doit avoir une asymptote qui traîne quelque part), puisque les surprises (bonnes ou mauvaises) sont exclues d'avances.

• Ici, il ne faut jamais répondre à toutes les questions du sujet. C'est du deux sur dix, deux sur huit, trois sur quatre, trois sur cinq, selon les matière, mais jamais tout! Corollaire, cela implique un difficile choix, qui demande presque plus de réflexion que la réponse à la questions elle-même, puisqu'en bonne étudiante française, j'arrive en ayant préparé plus de sujets que nécessaire (paranoïa injustifiée, ou alors simplement trop de temps pour réviser et envie de diversifier?), et en me préparant à une série de questions à traiter le plus vite possible, sans penser à rien d'autre. Il faut également indiquer sur la première pages les numéros des questions traitée (ce que j'oublie allégrement une fois sur deux...).

• Ici, on ne passe pas son exam tranquillement entre membre d'un même cercle/élève d'un même cours, en tout cas pas forcément. Le grand Assembly Hall est beaucoup trop spacieux pour n'être consacré qu'à un seul groupe d'élève, on le divise donc en deux, en trois, les rangées de tables recevant différents sujets (désolée, non, la place à côté du radiateur là, avec une jolie vue par la fenêtre, c'est pas pour ton sujet, va donc voir ailleurs!). Ca donne parfois des combinaisons intéressantes... par example "research in psychology" vs. "naval architecture", ou l'inévitable constat de la non-parité dans les amphis...

• Ici, on n'écrit pas sur des copies moches, mais dans un cahier agraphé (moche aussi au demeurant) qui a généralement assez de pages pour qu'on n'ait pas besoin de déranges les messieurs-dames qui surveillent sur l'estrade. Par contre, on n'a pas le droit aux belles feuilles de brouillons multicolores pour décorer. Et donc, les Ecossais ne brouillonnent pas, ou alors très peu, quelques gribouillis là où il reste de la place entre les questions sur le sujet.

A part ça, c'est pareil. C'est-à-dire que c'est pas la période la plus passionnante ni épanouissante de l'année.
Et à part ça, il m'en reste un dans trois jours. 'Serait une idée de m'y mettre. Peut-être...

samedi 8 décembre 2007

Etat des lieux.

Dans l'ensemble, mon appart' est plutôt calme - ce qui n'est pas une mauvaise chose, quoique, les overdoses de calms, c'est parfois très dur (trop de calme tue le calme, comme dirait l'Autre, non pas cet autre-ci, un autre). N'empêche que des fois, ben, il s'y passe des trucs étranges. Forcément, les excès de calme, ça provoque l'ennui, et l'ennui, des fois, incite pour s'en dépêtrer à faire des choses étranges - ou en tout cas, des choses qu'on ne ferait pas en temps normal. Par exemple, envoyer valser un énorme ballon à travers les couloir. Sortir à deux de chez soi sans raison et revenir avec un pot de Dairy Ice Cream et un autre de Strawberry Sauce. Aller acheter deux boîtes de cuisses de poulet et s'amuser à les désosser (non, je n'ai pas fait ça. Puisan, ma coloc malaysienne, par contre...). Modifier l'agencement de sa chambre à la recherche de la combinaison donnant l'illusion d'espace la plus convaincante. Réflechir à la possibilité ou à l'impossibilité d'escalader la façade du bloc en rappel (non, je n'ai pas fait ça. Barbara, ma coloc canadienne, par contre...). Une émulation pâtissière entre colocs frôlant l'insensé, et aussi l'indigestion, une fois que la table couverte de gâteau a été nettoyée en moins de 24h. Entre autres.

Parfois même, les aléas de la recherche frénétique d'un truc à faire pour s'occuper donnent des résultats frisant le spectaculaire.

• Exemple n° 1 : Vendredi 2 décembre, fin d'après midi, couloir de l'appartement 4D, Birkbeck Court, entre les chambres 4 et 5.
Certes, cette image manque de clarté. Clarifions donc. Ce sont bien des ciseaux, ce sont bien des confettis, ce sont bien des magazines émiettés (Tesco Magazine et Evade Scotland, pour ne rien vous cacher), ce sont bien des flocons de neiges en papiers pas vraiment blancs comme neige qui s'entassent dans l'embrasure de la porte. Parce que c'est ça qu'on fait, quand on s'ennuie, qu'on n'aime pas ses murs bleus, qu'on veut décorer son salon, qu'on a une amie canadienne chez qui les "paper snowflakes" sont de rigueur à l'approche de Noël, et qu'on se sent l'âme à une rechute en enfance. Affalées sur le sol entre les deux murs du couloir, parce que c'est lus drôle, avec la musique qui nous parvient depuis l'intérieur d'une chambre. En plus cela fut une occasion rêvée de sortir Henry Hoover, notre souriant aspirateur, de son placard pour que lui aussi puisse s'occuper un peu.
Résultat, vous en pensez ce que vous voulez, mais moi je dis que c'est mieux que tout bleu:




• Exemple n°2 : Samedi 8 décembre 2007, cuisine de l'appartement 4D, Birkbeck Court. Vers 18h, ça commence à s'activer. Vers 20h, tous les plans de travail de la cuisine sont accaparé par des piles de pâtes à ravioli et des montagnes de farces. Ma Malaisienne et deux de ses amis sont en pleine préparation du repas-du-samedi-soir, qui s'annonce copieux, aujourd'hui. Les heures passent, les Malaisiens s'entassent (oui, la cuisine est petite, à plus de quatre dedans on est entassé...), et les piles de nourriture ne semblent guère diminuer. Malheureusement (ou heureusement), le temps que j'ai enfin l'idée de prendre mon appareil photo pour immortaliser l'événement, c'était déjà presque tout cuisiné. Et c'était très beau. Et c'était d'ailleurs aussi très bon (oui, en tant que reporter de l'extrême j'ai été invitée à goûter un peu à tout, ah les avantages de la cartes de presse, surtout quand on l'a pas). (Ils avaient même préparé une tortilla espagnole revisitée)




jeudi 6 décembre 2007

Au feu!

L'Ecosse hiberne (ce blog aussi, d'ailleurs, soit dit en passant). Ce n'est pourtant même pas encore l'hiver. Mais, me direz-vous, que faire d'autre qu'hiberner, quand le soleil se lêve péniblement à 8h30, pour repartir sous sa couette à 15h45, en passant les quelques heures où il est éveillé à se traînasser sous un épais duvet de nuages?... Eh bien, pas grand chose en effet, vous répondrai-je. Le temps n'est plus trop aux excursions ou aux randonnées, puisque le temps d'arriver quelque part, il fait déjà tout noir, et on ne voit plus rien.
Donc, ne parlons pas de l'Ecosse. Parlons plutôt des réjouissances de la vie "on-campus" et de la non-douilleterie des nid fournis par l'Université pour que ses étudiants puissent hiberner eux aussi, de ces espèces de blocs en fait pas trop moches où sont entassées des chambres de 10m2, des cuisines, des salles de bain, et des murs bleus, bleus, bleus...... Pas le summum du confort, mais on comprend vite que le souci principal des concepteur, ce n'est pas le confort, mais la sécurité. Et encore, pas n'importe quelle sécurité. Leur névrose, c'est le feu.
Héritage de l'incendie de Londres de 1625? Craintes dues à la manie des feux d'artifices des écossais? Sombres soupçons de pyromanie portés sur le fantôme de Napoléon?
Autant de questions toujours sans réponse (encore une énigme, tiens!).

Ce qui est sûr, la sécurité incendie est ultra blindée. Après un petit film à l'arrivée, expliquant qu'il ne fallait pas cuisiner en état d'ébriété (...) et qu'il ne fallait surtout pas empêcher les portes coupe-feu de se fermer, en particulier celle de la cuisine (la notre étant bien sûr à peu près constamment maintenue ouverte à grand renfort de tabourets, boîtes de conserves et parfois du canapé), certains malchanceux on pu découvrir à leur frais qu'il coûtait plus cher, les jours d'inspections, d'avoir couvert un détecteur de fumée d'un sac plastique que d'avoir perforé sa poubelle. Parce que le détecteur de fumée, c'est un personnage centrale de la vie des campus britanniques. Il y en a.... euh... un par chambre, un par couloir, un par cage d'escalier, plus un détecteur de chaleur dans chaque cuisine... ce qui fait donc.... euh.... beaucoup sur l'ensemble du campus. Et si un jour passe sans qu'un ne déclenche une alarme, c'est soit que tout le monde est en vacance, soit que quelque chose de terriblement grave (e.g. cyclone, tremblement de terre, raz de marée, explosion d'un des réacteurs nucléaires de la brasserie Tennents) empêche le système de fonctionner.

Pourtant il n'y a jamais le feu. Des fois la soupe crame dans sa casserole à minuit, des fois quelqu'un a pulvériser un aérosol à 3h du matin, des fois de la fumée est allée titiller le détecteur de fumée du couloir à 1 de l'après-midi; des fois c'est simplement un test routinier pour vérifier si tout va bien. A chaque fois, même rengaine. Tududu strident sciant les oreilles et malmenant les coeurs sensibles. Sursaut initial, brusque reprise de conscience. Ah, oui, alarme incendie. Attraper un pull, une veste, des chaussures. Ne pas oublier sa clé, ce serait bête. Et fuir, fuir le plus vite possible cet assaut de décibels même pas harmonisés.
On se retrouve donc dehors, devant le bloc, avec les voisins des autres étage, dans un rassemblement plus ou moins pittoresque (des dormeurs recouverts de leur couette, des doucheurs à moitié rhabillés, des assortiment d'yeux mi-clos et de baillements déchirants, des concerts de dents qui claquent). Puis on attend, sagement, que les pompiers soient allés vérifier que rien n'allait mal.

Ah! Pompier sur un campus! quel métier périlleux et excitant! que de risques et de dangers à affronter! Tout l'attirail sorti pour uniquement monter trois volées de marches et jeter un oeil dans quatre appartements vide... plusieurs fois par jour.... des fois par nuit... Et encore parvenir, pourtant, à à garder son calme et son sourire en expliquant pour la énième fois que les portes des cuisines, il faut les fermer, s'il vous plaît, elles sont pas coupe-feu pour rien, vous savez. Oui oui, on sait. D'ailleurs c'est pour ça qu'on va les rouvrir en rentrant.

Fin du Tududu intenable, fermeture de la parenthèse, tout le monde remonte dans son nid bleu, et reprend ses activités où il les avait arrêtées.

vendredi 28 septembre 2007

Locked-Out

Ce blog est tout neuf, je n'ai (pas encore mais plus pour longtemps) cours, la météo a subitement décidé de redevenir écossaise ; conclusion, je m'ennuie, et je m'empresse de venir raconter ma vie ici. Commençons par la narration de mon petit traumatisme matinal, qui servira de prétexet à une petite description de mon cadre de vie, i.e. de mon 'tit appart universitaire là haut tout en haut sur la colline.
Ce matin donc, à 8h précises, mon réveil se manifeste dans une vaine tentative de me faire quitter ma confortable couette. Malheureusement pour moi, il est assisté dans cette tâche par l'homologue de la chambre d'en face, qui émet un désagréable mais imperturbable "tûûût tûûût" (la locataire de chambre d'en face ne doit pas y être, dans sa chambre, sans quoi elle aurait déjà arrêté cette horreur). Bref, tant bien que mal, je m'extrait de mon lit puis des 10m2 qui me servent de chambre. La porte se referme derrière moi. Sauf que, malheur, mes clés ne sont pas du même côté de la porte que moi. Ca devait arriver, un jour où l'autre... mais ça ne rend pas le trajet en chemise de nuit, dans le froid matinal, jusqu'au Village Office pour demander une clé de rechange plus agréable.

Car oui, le problème d'un campus, c'est qu'il vaut mieux que ce soit sécurisé, et que la meilleur façon de sécuriser est encore de mettre des verrous aux portes. Les dites portes sont en plus de ça des portes coupe-feu, qu'il est quasiment impossible de maintenir ouvertes... à moins d'avoir pensé à bloquer le verrou, mieux vaut donc penser à prendre ses clés quand on sort, surtout que chacun n'a droit qu'à trois enfermements dehors sans réprimandes. Les portes, donc, sont le premier et principal inconvénient du logement on-campus. En cherchant un peu, on peut dresser une listes d'inconvenances secondaires : les murs peints en bleus, on ne sait pourquoi, les cris dehors jusqu'à 2h du matin, le bruit incessant des voitures, la cuisine dépourvue de toute ustensiles lorsqu'on arrive... Mais, soyons honnête, ces détails mis à part, on est loin de l'inconfort : c'est propre, fonctionnel, avec une baie vitrée donnant sur un jardin dans le salon, et le campus est rempli de verdure et d'arbres (avec même un petit ruisseau), ce qui, en plein centre ville, est appréciable.

Quant à la population du campus, elle se divise entre les freshers écossais, reconnaissables à l'amas de bouteilles de bières dans la cuisine, et les étudiants étrangers, reconnaissables à l'absence d'accent écossais. Chez moi, il y a deux étages d'écossais, deux étages d'étrangères, et un joli mis sur mon étage... Présentation, par ordre d'arrivée (j'ai pas de photos, pour l'instant, j'actualiserai en temps voulu).

• Barbara, Canadienne, en troisième année de Civil Engineering, arrivée un peu avant moi. Elle vient de Kingston, entre Toronto et Montréal, et a vécu 3 ans au Québec, donc comprend le français (et est capable de le parler, même si elle ne le fait pas).
• Puisan, Malaisienne, en troisième année d'Architecture, arrivée le même soir que moi mais censée rester à Glasgow pour trois ans, le temps d'obtenir son diplôme.
• Caroline, Américaine (du Massachussets), là pour un semestre à la Faculty of Education, section sport - jure tous les soirs qu'elle n'ira pas aux soirées des freshers, avant de finalement s'éclipser pour s'y rendre, et de découcher, en oubliant de désativer le réveil...
• Eva, Espagnole de 25 ans, elle aussi en Engineering pour l'année.
• Enfin, Martina, Tchèque, future architecte n°2, arrivée bonne dernière mercredi soir.

... ou un petit échantillon du bouillon de nationalités qui mijote à Strathclyde, savamment réparti de façon à éviter les grumeaux nationaux. C'est aussi un excellent moyen d'éviter d'atraper l'accent écossais trop vite, ce qui n'est pas forcément un mal...
Il paraît que le campus est rempli de français, et mon oreille me dit que c'est probablement vrai, à force d'entendre des phrases ou des accents indubitablement gaulois ; toujours est-il que pour l'instant, je ne suis pas allée tellement au-delà du "ah tiens! ceux-là sont français!", et de toute façon, je préfère attraper un accent écossais, américain ou malaisien, que renforcer la part d'accentuation à la française dans mes phrases anglaises.